La lecture du titre de cette chronique doit vous laisser
perplexe. Voyons donc, quel est le rapport ? Je vous l'explique. Jean-Marc
Léger lorsqu'il nous livre ses commentaires sur le sondage de sa firme et qu'il
discute des résultats en regard des intentions de vote pour l'un ou l'autre des
partis et des chefs en présence, dit souvent que les Québécois veulent tomber
en amour avec le politicien de leur choix. Ce qui explique selon lui les
brusques variations des appuis de la population envers des partis et des chefs.
Il cite volontiers le cas de Jack Layton ou encore celui de François Legault au
lendemain de la pandémie. Or, pour que nous puissions tomber en amour avec un
personnage politique, il faut tout comme nous dans nos relations amoureuses
qu'il existe la confiance. La confiance est la clé du chemin qui mène à l'amour
véritable. Ainsi, lorsqu'un politicien brise le lien de confiance avec la
population, l'amour s'évanouit et la déchéance est à ses portes. C'est ce qui
est arrivé au premier ministre François Legault par le biais du dossier du
troisième lien à Québec.
Parfois, l'amour n'est pas un coup de foudre, mais une
relation soigneusement choisie pour des raisons rationnelles. Cela est souvent
l'occasion d'un amour durable qui est basé sur l'intelligence des choses et le
respect des personnes. Je suis d'avis que c'est ce type de relations qu'a noué
la mairesse de Sherbrooke, Marie-Claude Bibeau avec les citoyennes et citoyens
de Sherbrooke. Dans une campagne électorale rondement menée, Marie Claude
Bibeau a promis de rétablir la décence au conseil municipal et de prendre des
décisions courageuses en fonction des intérêts supérieurs de tous même si cela
nécessitait du courage. Après cinq mois de mandat, madame Bibeau a tenu parole.
Dans une chronique antérieure, celle du 14 janvier, j'ai écrit que madame
Bibeau avait de nombreux défis à relever, donc celui de la gestion des finances
de la Ville mises à mal par divers problèmes provoqués ou non par les élus de
l'ancien conseil. Elle le prouve une fois de plus avec la décision du conseil
municipal sur le compostage.
Le compostage et ses enjeux
La gestion des matières résiduelles est un enjeu majeur pour
toutes les municipalités, notamment dans un contexte où la pression sur les
filières d'enfouissement augmente. À Sherbrooke, le coût d'enfouissement est
très élevé, les divers conseils municipaux ces dernières décennies ont pris des
mesures pour encourager le tri et la valorisation des déchets avec un succès
assez significatif. C'est dans ce contexte que la récente décision du conseil
municipal de Marie-Claude Bibeau d'espacer la collecte du compost soulève des
inquiétudes. Il faut rappeler que l'objectif de la décision est d'abord et
avant tout d'inclure le multilogement dans la cueillette du compost, mais à
coût nul. Projet évalué à plus de 480 000 $, cela avait un impact non
négligeable sur l'équilibre des finances de la Ville de Sherbrooke. Interrogée
par le quotidien La Tribune, Marie-Claude Bibeau a déclaré que si la Ville
avait choisi de maintenir la collecte toutes les semaines, en plus de desservir
les multilogements, Sherbrooke aurait dû payer 480 000 $ supplémentaires.
L'intégration de l'ensemble des multilogements aurait également dû attendre en
2028, par manque de ressources à l'heure actuelle. Madame Bibeau reconnaît que
cela représente un changement dans les habitudes des gens. En politique,
s'attaquer aux habitudes des gens est toujours un pari risqué et cela demande
de puiser dans sa réserve de courage.
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Le danger est que les citoyennes et les citoyens se
désengagent du compostage et que cela vienne affecter les grands objectifs de
la Ville en matière de gestion de ses matières résiduelles sur son territoire.
La conseillère Danielle Berthold a déjà senti du mécontentement de la
population et elle appelle à la mise en œuvre d'un plan de communication pour
expliquer les motifs de cette décision à la population. D'autres s'inquiètent
de la réaction des propriétaires des multilogements. Bref, une décision qui
fera du bruit cet été et qui pourrait entraîner des répercussions sur le taux
de popularité de la mairesse Bibeau. Derrière de petites décisions se cache
parfois dans le flou des opinions un loup.
Bien comprendre les enjeux
Le conseil municipal a pris une décision afin de minimiser
les impacts sur les équilibres budgétaires tout en assumant ses ambitions pour
la gestion des matières résiduelles. L'un des principaux risques associés à
l'espacement de la collecte du compost est le désengagement des citoyennes et
des citoyens. Lorsque la collecte est moins fréquente, de nombreuses personnes
peuvent être moins disposées à conserver leurs déchets organiques dans leur
cuisine pendant de longues périodes. Cela peut aboutir dans la poubelle et
devenir une matière à enfouir plutôt qu'à composter. Ce qui viendra annuler les
efforts de nombreuses années pour inciter les citoyennes et les citoyens à de
meilleures habitudes en matière de gestion des matières résiduelles.
Un autre aspect à considérer est le potentiel d'augmentation
des nuisances liées à la conservation des déchets organiques. Avec des collectes
moins fréquentes, les résidants risquent de se retrouver avec des bacs à
compost débordants, attirant ainsi des insectes nuisibles tels que rongeurs et
les vers blancs. Cela peut engendrer des problèmes de salubrité publique et
nuire à la qualité de vie des membres de la communauté.
Nous sommes la solution...
J'arrive à la partie la plus intéressante de cette
chronique, celle où je vous propose des solutions. En fait, la solution, c'est
chacun d'entre nous. Nous sommes les premiers à critiquer les divers
gouvernements pour les taxes et les impôts que nous payons, disant que cela est
trop lourd. Nous sommes aussi les premiers à demander plus de services. Bref,
souvent on veut le beurre et l'argent du beurre. Ne culpabilisez pas, nous
sommes tous coupables. Or, la décision actuelle du conseil municipal nous place
devant le choix de collaborer plus étroitement avec comme promesse que nous ne
verrons pas nos taxes s'alourdir davantage. Par de petits gestes simples de
notre quotidien, nous pouvons contribuer au mieux-être collectif. Le premier
geste, c'est de continuer à composter comme nous le faisions avant et même
d'améliorer nos pratiques pour réduire les matières à enfouir. Comment, me
direz-vous ? Des petits trucs simples : mettre les aliments à composter dans un
sac au congélateur et le sortir le jour de la collecte, vaporiser le bac avec
du vinaigre à 20 % par volume pour éviter la naissance de petits vers blancs.
Par ces petits gestes, vous ne serez pas importunés par des rongeurs et des
insectes et vous contribuerez au mieux-être de nos finances publiques. Pas beau
cela ?
La confiance au rendez-vous
L'espacement de la collecte de compost à
Sherbrooke m'a amené à une réflexion politique mettant en vedette l'amour, la
confiance et les vidanges. Drôle de prétexte, ne trouvez-vous pas, pour vous
dire que je suis satisfait de la décision du conseil municipal parce qu'il me
fait la preuve qu'il veut gérer nos taxes le plus optimalement possible. Il
aurait été plus facile pour le conseil municipal de faire une fuite en avant ou
pour retarder une fois de plus ce défi que constitue le compostage pour les
immeubles multilogements. Ce n'est pas le choix qui a été fait. Le choix
nécessite de notre part une solidarité réelle avec les objectifs financiers de
notre ville. Nous avons l'occasion de faire quelque chose plus grand que nous,
soit de faire communauté et corps avec nos pairs dans notre ville. C'est à cela
que mène ma réflexion sur l'amour, la politique, la confiance et les vidanges...