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Fêter quoi au juste? Le Québec bien sûr!

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 22 juin 2016      

Vendredi, dans deux jours, ce sera le jour de la Fête nationale du Québec. Pour bien des gens, ce sera un jour de congé, pour d'autres, une journée pour se remettre des émotions de la veille. Pour la première fois, Québec et Montréal auront leur spectacle le même soir. Celui de Québec sera télédiffusé à Télé-Québec à compter de 21 h 30 et rediffusé le lendemain à 13 h. Celui de Montréal sera télédiffusé en soirée le 24. De nombreuses activités attendent toutes les Québécoises et tous les Québécois dans toutes les régions du Québec.

Chez nous en Estrie, il y a fête partout sur le territoire à Dudswell, à Barnston-Ouest, à Magog, à Sherbrooke où le groupe Vilain Pingouin donnera un spectacle comme le rapportait EstriePlus.

Il y a bel et bien une fête, mais nous fêtons quoi?

Se rappeler

La plus célèbre toile du peintre français, Paul Gauguin, qu'il a produit en 1897 alors qu'il vivait en Polynésie française s'intitule « D'où venons-nous? Qui sommes-nous? Où allons-nous? » Une toile qui montre bien l'influence des impressionnistes sur Gauguin et elle est conservée au Musée des beaux-arts de Boston là où j'ai pu la voir plusieurs fois.

Je ne veux pas me faire critique d'art ici, je n'ai aucune compétence en ce domaine, mais je veux attirer plutôt votre attention sur les questions posées par le peintre français et ancien banquier qui a fui sa vie mondaine à Paris et l'emprise de sa famille pour aller vivre « chez les sauvages » comme on lui reprochait à l'époque.

Rappeler la vie de Paul Gauguin dans une chronique qui s'interroge sur le sens qu'il faut donner à notre Fête nationale n'est pas si anodin. Le Québec a perdu le sens de la fête parce qu'il est aux mains des banquiers. Il a perdu sa foi. Pour la retrouver, Gauguin s'en est allé au pays de la peinture après avoir abandonné femme et enfants au Danemark où il s'était réfugié auprès de sa belle-famille après avoir connu des déboires financiers dans son poste d'agent de change à la Bourse de Paris.

Il finit par choisir la peinture et s'est installé à demeure en Polynésie française. C'est là qu'il a peint ses chefs-d'œuvre, dont la toile. Où allons-nous?*

L'insignifiance de l'intendance des banquiers...

Alors que pour certains le Québec est un pays, pour d'autres comme moi, c'est ma patrie. Les uns comme les autres sommes cependant d'accord sur le fait que le Québec ne doit pas être un gros hôpital, des colonnes de chiffres qui arrivent à l'équilibre budgétaire où encore que la gouvernance doive se limiter à bien gérer « les vraies affaires ». Le Québec doit être un projet rassembleur. Une idée qui, soudée au cœur, fait de nous une communauté au destin singulier dans une Amérique anglo-saxonne et hispanique. Le Québec, ma patrie ou le pays est plus qu'un assemblage d'individualités aux valeurs libérales. Le Québec doit continuer d'être un projet à parachever, une identité à parfaire. Nous sommes une nation. Patrie ou pays ne change rien à l'affaire. Notre collectivité mérite mieux et doit avoir les moyens de ses ambitions pour accomplir sa trajectoire singulière en Amérique et dans le monde.

Le Québec, une nation singulière en Amérique

C'est ce que ne comprend pas, je crois, notre premier ministre Philippe Couillard et le Parti libéral du Québec d'aujourd'hui. Le Québec ne peut pas être qu'un lieu à gérer ou à rénover. Il doit être le navire amiral de l'épanouissement de la plus grande collectivité francophone d'Amérique. Nous, « les Canayens », les Canadiens français et les Québécois de toutes les origines. Ernest Renan, le célèbre intellectuel français du 19e siècle, nous le rappelle bien en décrivant ce qu'est une nation : « Une nation c'est une âme, un esprit, une famille spirituelle, résultant, dans le passé, de souvenirs, de sacrifices, de gloires, souvent de deuils et de regrets communs; dans le présent, du désir de continuer de vivre ensemble. Ce qui constitue une nation, ce n'est pas parler la même langue ou d'appartenir au même groupe ethnographique, c'est d'avoir fait ensemble de grandes choses dans le passé et de vouloir en faire encore dans l'avenir. L'homme n'appartient ni à sa langue ni à sa race : il n'appartient qu'à lui-même, car c'est un être libre, c'est un être moral »**

Le Québec est une nation.

On peut se reconnaître dans les mots d'Ernest Renan. Il est à se demander cependant si nous avons toujours la volonté de faire route ensemble? Si nous sommes capables encore de dessiner ensemble des projets communs, si nous avons la force de caractère nécessaire pour poursuivre notre combat d'affirmation nationale?

Ce n'est pas en manquant de respect envers nos élus et envers nos institutions que nous parviendrons à rendre attrayant notre projet de faire route ensemble à celles et à ceux que nous accueillons et qui ne savent rien de nos histoires passées. Ce n'est pas en réduisant les affaires de l'État « à de vraies affaires pour les banquiers » que nous stimulerons notre fierté collective. Ce n'est malheureusement pas non plus en faisant du Québec un projet perpétuel de référendum et de mécanique juridique constitutionnelle que nous ferons avancer la cause de notre patrie ou de notre pays, selon les convictions des uns et des autres.

Non. C'est plutôt en vivant nos différences, en affirmant nos valeurs, en cherchant à construire chez nous une société juste, tolérante et ouverte aux autres que nous réussirons ensemble à nous donner un destin partagé. Un destin partagé par huit millions d'êtres humains qui ont choisi le Québec comme terre, comme lieu de vie. Que l'on veuille voir le Québec comme un pays ou une patrie, nous devons avoir la même raison de célébrer vendredi. À la question : Fêter quoi au juste? Répondons ensemble : Le Québec, bien sûr!

Notes :

*Paul Gauguin fut un peintre célébré. Sa vie ne laisse personne indifférent. Elle a fait l'objet de nombreux films et de romans. Particulièrement, Mario Vargas Llosa qui en a fait avec Flora Tristan le personnage central de son roman Le Paradis, un peu plus loin. La bibliothèque de la Pléiade vient de publier ce roman dans les œuvres romanesques de Mario Vargas Llosa. Mario Vargas Llosa, Œuvres romanesques, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, Gallimard, 2016 (pour le roman sur Gauguin et Tristan, voir tome 2, p. 1071 à 1439)

**La citation d'Ernest Renan a été repiquée au livre d'Amin Maalouf consacré à tous ceux qui ont partagé le siège 29 de l'Académie française. Un livre qui par des gens d'exception nous fait vivre de larges pans de l'histoire de France. (Amin Maalouf, Un fauteuil sur la scène. Quatre siècles d'histoire de France, Paris, Grasset, 2016, p. 192)


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