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Se raconter des histoires…

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Photo : (Fournie)
Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 1 mai 2024      

Ces derniers temps, le chef du Parti québécois, Paul St-Pierre Plamondon a fait parler de lui pour les mauvaises raisons.

Ces moments d'impatience, son caractère « soupe au lait » ses visions particulières de l'histoire du Québec sont autant d'éléments qui peuvent aider à mieux comprendre ce personnage politique qui a su jusqu'à présent capter l'attention des Québécoises et des Québécois et gagner leur adhésion. Il ne faut pas s'y méprendre, le sauvetage du Parti québécois par le bellâtre soupe au lait est rien de moins qu'un exploit politique. La question qui se pose aujourd'hui est la suivante : trônant désormais en tête des sondages, Paul St-Pierre Plamondon devra maintenant faire face à la chaleur de la cuisine. Cela sera-t-il un révélateur de sa véritable valeur ? Examinons donc certains aspects du discours de Paul St-Pierre Plamondon.

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Une vision étroitement nationaliste de l'histoire

Lors du Conseil national du PQ tenu à Drummondville les 13 et 14 avril derniers, le chef Paul St-Pierre Plamondon y est allé d'une déclaration-choc qui a fait beaucoup réagir. Il a affirmé que : « L'histoire du Canada est une histoire d'assimilation. Il ne faut pas oublier ce que les francophones ont vécu dans les déportations, les exécutions, l'interdiction d'avoir de l'éducation en français. Ce régime-là a été constant durant toute son histoire. »

À sa face même, cette déclaration n'est pas totalement fausse. Il faut dire que l'on pourrait affirmer la même chose de plusieurs autres pays occidentaux. Aux États-Unis, l'extermination des autochtones et la mise en servage de la population noire africaine en témoignent éloquemment. Que dire du comportement du Royaume-Uni en Afrique du Sud, de la France en Algérie ?

La question de la faute des colonisateurs est entendue avant d'en faire le procès. Justement ce dont il est question c'est de colonialisme. Ainsi, dans l'affirmation du bellâtre péquiste en chef, PSPP, ce dont il parle ce n'est pas du Canada uniquement, mais de la Grande-Bretagne, la puissance colonisatrice qui a conquis la Nouvelle France, qui a imposé le serment du test, qui a combattu, pendu, tué et exilé les patriotes en 1837-1838. La même force colonisatrice qui a imposé l'acte d'union à des colonies d'Amérique, qui a favorisé l'union des colonies sous le parapluie Canada. Bien entendu, le gouvernement du Canada a vécu des relations tendues avec les francophones du pays surtout ceux vivant dans l'Ouest et dans l'Est canadien d'aujourd'hui. Par ailleurs, le Canada a participé à l'assimilation les Premières Nations en les excluant dans des réserves. S'il est vrai que le Canada a pu commettre des gestes dans son histoire que nous pouvons aujourd'hui réprouver, il n'est pas clair que le Québec pays n'aurait pas commis les mêmes gestes dans les mêmes circonstances. Cela dit, cela n'est guère important puisque nous ne pouvons pas réécrire l'histoire à rebours ni faire de l'histoire fiction.

Ce qu'il y a de plus outrageant dans les propos de Paul St-Pierre Plamondon, c'est l'idée que le Canada contemporain est encore aujourd'hui une machine à assimilation pour le Québec. Comme si les gens se levaient le matin au Canada pour haïr les francophones du Québec. Un non-sens.

Le nationalisme de Paul Saint-Pierre Plamondon

Ces derniers mois, nous avons pu grâce à des livres récemment publiés nous rappeler les événements récents en politique. Pensons aux livres de Pascal Mailhot et Éric Montigny et à celui d'Étienne-Alexis Beauregard. Dans le premier livre, celui de Mailhot et Montigny, intitulé : À la conquête d'une troisième voie. Comment une troisième voie politique s'est imposée au Québec, les auteurs nous racontent que l'échec de l'accord du lac Meech, en 1990, marque le point de départ d'une profonde reconfiguration des forces politiques au Québec. De ses cendres allait naître une nouvelle forme d'expression du nationalisme, ouvrant un chemin entre les deux grandes options traditionnelles, soit le désir de faire du Québec un pays et celui de maintenir le statu quo au sein du Canada. Après avoir germé dans les terreaux fertiles du Parti libéral, cette « troisième voie », comme on l'appellera, sera portée par Mario Dumont et les fondateurs de l'ADQ, avant que le flambeau soit repris par la CAQ de François Legault, issu, quant à lui, du Parti québécois. Du référendum de 1995 jusqu'à la victoire de la CAQ aux élections de 2018, qui met fin à cinq décennies d'alternance entre les deux vieux partis à la tête de l'État, ce livre reconstitue pour la première fois le récit des grands événements politiques qui ont marqué le Québec depuis une trentaine d'années. (Pascal Mailhot et Éric Montigny, À la conquête d'une troisième voie. Comment une troisième voie politique s'est imposée au Québec, Montréal, Boréal, 2024)

Pour sa part, Etienne-Alexis Beauregard dans son essai paru chez Liber intitulé : Le retour des Bleues. Les racines intellectuelles du nationalisme québécois, poursuit son exploration de la question de l'identité et du nationalisme.

Ce livre pose une question fondamentale : « La nation est-elle une source de repères indispensables et une manière légitime d'accéder à la modernité, ou bien sa politisation constitue-t-elle plutôt une cause d'enfermement et d'aliénation ? » C'est à la faveur d'une tentative de réponse à cette question que se fonde la thèse de l'auteur à l'effet que : « Deux familles idéologiques, les Rouges et les Bleus, émergent dès lors, et leur désaccord s'incarne dans un rapport opposé à la nation québécoise : est-elle une source de repères indispensables à tout individu et une manière légitime d'accéder à la modernité, ou bien sa politisation constitue-t-elle plutôt une cause d'enfermement et d'aliénation ? » Cet ouvrage décrit cette longue opposition des Rouges et des Bleus. « Notre perspective n'est cependant pas strictement politique ou partisane : ce n'est pas l'opposition entre formations politiques qu'elle entend détailler, mais le conflit entre familles idéologiques, parfois disséminées dans des partis différents. Notre attention est tournée vers l'affrontement sur le devenir de la nation québécoise et sur le rôle identitaire de l'État, entre progressisme libéral et nationalisme conservateur. » (Etienne-Alexis Beauregard, Le retour des Bleues. Les racines intellectuelles du nationalisme québécois, Montréal, Liber, 2024)

Que conclure à propos de PSPP ?

La lecture de ces deux ouvrages permet de mieux comprendre où en sont les acteurs politiques au Québec dans un Québec en recomposition politique. Cela pose aussi la vieille et éternelle question sur le fondement du nationalisme et de sa pertinence dans le 21e siècle. Le nationalisme est fondé sur une appartenance commune d'une population à une culture commune. Le lien étroit que fait Paul St-Pierre Plamondon, et des intellectuels comme Mathieu Bock-Côté, entre nationalisme et identité vient rendre possible des discours comme celui qu'a tenu PSPP à Drummondville à la mi-avril.

Les théories du nationalisme distinguent entre le nationalisme ethnique qui lie l'identité nationale à une ethnie spécifique et le nationalisme civique qui repose sur des principes politiques et sociaux partagés. Au Québec, Paul St-Pierre Plamondon fait la promotion du nationalisme ethnique tout comme l'avait fait l'ancien premier ministre, Jacques Parizeau lors de son discours de défaite référendaire en évoquant comme cause de la défaite des souverainistes, « l'argent et des votes ethniques ». Paul St-Pierre Plamondon par son discours de Drummondville tend à fabriquer de toute pièce un ennemi à la nation, le Canada. Mais ce que ne dit pas pour le bellâtre c'est qui sont les Québécois pour lui. Des Canadiens français exclusivement ? En résumé, le nationalisme au 21e siècle reste un phénomène dynamique et contesté, qui continue d'influencer les dynamiques politiques et sociales à l'échelle mondiale.

Bref, Paul St-Pierre Plamondon aurait avantage à mieux comprendre l'histoire, le discours historiographique est un lieu de débats et d'échanges entre historiens et historiennes. Ne s'aventure pas qui veut dans les dédales de la compréhension du passé en enfourchant le cheval de quelqu'un qui plutôt que de jouer son rôle de faire l'histoire préfère la posture de celui qui nous raconte des histoires...


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