Samedi matin, début avril. Un
couple de Sherbrooke tourne en rond sur Centris depuis trois mois. Les maisons
dans leur budget partent en surenchère ou nécessitent elles-mêmes des travaux
majeurs. Leur courtier leur a suggéré de regarder « plus loin, peut-être vers
Magog ». Leur comptable, lui, a posé une tout autre question : avez-vous
chiffré ce que ça coûterait de rénover ce que vous avez déjà?
Des milliers de ménages
québécois vivent ce scénario en ce moment. Et quand on regarde les données
récentes, la majorité finit par choisir la même réponse.
Les rénovations repartent, et c'est mesurable
L'APCHQ, qui représente plus de
28 000 entreprises dans le secteur résidentiel au Québec, prévoit une
croissance des dépenses en rénovation de 8 % en 2026, suivie de 4 %
supplémentaires en 2027. Une projection appuyée par des sondages auprès
d'entrepreneurs sur le terrain et par les données de la SCHL sur les permis de
bâtir.
Après deux années de
ralentissement causé par la hausse brutale des taux d'intérêt, 2025 a marqué un
rebond net. Cuisines, salles de bain, remplacement de planchers : les
propriétaires qui avaient tout mis sur pause sont passés à l'action dès que les
conditions financières se sont stabilisées. La plateforme Soumission Rénovation
rapporte 155 000 projets réalisés pour la seule année 2025, un sommet depuis sa
création.
En Estrie, ce contexte
s'accompagne d'un avantage rarement mentionné. La compétition entre
entrepreneurs s'est intensifiée au quatrième trimestre 2025, et ça se poursuit
en 2026. Les propriétaires qui demandent des soumissions en ce moment
obtiennent un meilleur rapport qualité-prix qu'il y a dix-huit mois.
Pourquoi le calcul penche vers la rénovation
L'argument financier est devenu
difficile à ignorer. Acheter une propriété comparable en Estrie, c'est absorber
les frais de notaire, la taxe de bienvenue, les coûts de déménagement, les
ajustements de taxes municipales et, souvent, des rénovations cosmétiques pour
adapter le nouveau lieu à ses besoins. On parle facilement de 15 000 $ à 25 000
$ de frais annexes avant même de toucher un pinceau.
Refaire une salle de bain
complète coûte entre 12 000 $ et 30 000 $ selon l'envergure. Installer un
nouveau plancher dans les pièces principales? Quelques milliers de dollars si
on magasine bien ses matériaux. Des détaillants spécialisés comme L'Entrepot de
la Réno permettent d'ailleurs aux propriétaires
d'accéder à des céramiques, vinyles SPC et planchers d'ingénierie à des prix
inférieurs à ce qu'on retrouve dans les grandes surfaces comme Réno-Dépôt ou
Home Depot, sans sacrifier la qualité.
Côté financement, le sondage
annuel de Soumission Rénovation révèle que 54 % des propriétaires paient leurs
travaux avec leur épargne personnelle. Pas de prêt. Pas de refinancement
hypothécaire. Pour les projets sous la barre des 10 000 $, cette proportion
grimpe encore.
Ce que les propriétaires sous-estiment systématiquement
Cuisines et salles de bain : ce
sont les deux postes où l'écart entre le budget anticipé et la facture réelle
frappe le plus fort. Rien de nouveau là-dedans, mais l'ampleur surprend encore.
Un propriétaire qui prévoit 15 000 $ pour sa cuisine se retrouve régulièrement
à 22 000 $ ou 25 000 $ une fois les imprévus absorbés.
La sous-estimation des coûts de
main-d'œuvre y est pour beaucoup. Les tarifs horaires dans la construction
résidentielle au Québec montent de façon constante depuis 2021, et la
convention collective négociée par l'APCHQ suit cette trajectoire. Ajoutez les
découvertes en cours de chantier : un plancher qu'on pensait simplement
recouvrir cache parfois un sous-plancher endommagé ou un problème d'isolation.
Et puis les choix de matériaux changent en cours de route, comme ça arrive
presque toujours. On entre chez le fournisseur avec l'idée d'acheter du vinyle
d'entrée de gamme, on repart avec du SPC à noyau rigide parce qu'on a vu la
différence de nos propres yeux.
La RBQ le rappelle souvent :
travailler avec un entrepreneur qui détient une licence valide n'est pas
optionnel, surtout pour les travaux touchant la plomberie, l'électricité ou la
structure. Un bon prix sur la main-d'œuvre ne vaut rien si les travaux doivent
être refaits six mois plus tard.
Le facteur matériaux, souvent négligé dans la planification
Beaucoup de propriétaires
consacrent des semaines à comparer les soumissions d'entrepreneurs sans passer
autant de temps à comparer les prix des matériaux eux-mêmes. Erreur coûteuse.
Sur un projet de rénovation de 20 000 $, les matériaux représentent facilement
40 % à 60 % du total. Un écart de 15 % sur le prix du plancher ou de la
céramique, c'est 1 200 $ à 1 800 $ de moins sur la facture.
Le réflexe traditionnel reste
le passage chez Rona ou dans une grande surface. Ces enseignes offrent de la
commodité et un inventaire large, mais leurs prix intègrent les coûts d'une
infrastructure massive : entrepôts surdimensionnés, personnel de plancher,
publicité nationale. Les détaillants spécialisés en ligne fonctionnent avec des
structures plus légères, et ça paraît sur le prix au pied carré.
Un propriétaire estrien qui
planifie ses achats en amont, prêt à commander en ligne avec livraison, va voir
la différence sur sa facture finale. Ce n'est pas marginal.
2026 : une fenêtre à saisir?
Les taux d'intérêt se sont
stabilisés après les baisses progressives de 2025. Les entrepreneurs sont
disponibles, motivés à décrocher des mandats. Côté matériaux importés,
l'incertitude commerciale avec les États-Unis maintient une pression sur
certains prix, mais les fournisseurs québécois et canadiens gardent des
inventaires solides.
Pour un propriétaire de
l'Estrie qui hésite entre vendre et rénover, ça vaut la peine de sortir la
calculatrice et de poser les vrais chiffres sur papier. Le résultat pourrait
surprendre.