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  CHRONIQUEURS / L'Agora

Reculer pour mieux avancer !

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 31 mai 2023      

Crédit Photo : Depositphotos

 

Drôle de sport que de reculer pour aller de l'avant. C'est pourtant le spectacle auquel nous avons droit lorsque nous observons les positions du gouvernement caquiste de François Legault en matière d'immigration. Dans une chronique récente, je notais que le Québec avait de nombreux pouvoirs que lui permettait l'accord McDougall-Gagnon-Tremblay. Eh bien, il semble aujourd'hui à la lumière du dépôt du document de consultation par la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, madame Christine Fréchette, que le gouvernement a vu la lumière. Du coup, l'immigration constitue un atout et plus une menace. On ne boudera pas notre plaisir de voir ce gouvernement poser des gestes dans la bonne direction. Réflexion sur la capacité d'accueil et d'intégration du Québec en 2023.

Un document intéressant

La semaine dernière, le premier ministre du Québec, M. François Legault, et la ministre de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Mme Christine Fréchette, ont annoncé, en présence du ministre de la Langue française, M. Jean-François Roberge, des propositions de modifications réglementaires importantes au système d'immigration afin de favoriser une immigration économique francophone pour atteindre, dès 2026, une proportion de près de 100 % de requérants principaux connaissant le français dans la catégorie économique.

Des modifications réglementaires sont ainsi proposées pour qu'une connaissance du français soit dorénavant exigée dans tous les programmes d'immigration économique au Québec. Ces mesures visent à favoriser la venue de personnes pouvant s'intégrer pleinement à la nation québécoise et participer en français à la vie collective.

Ces orientations préliminaires seront l'objet d'une consultation publique à l'automne. Que l'on ne s'y méprenne pas, les orientations proposées ne sont pas parfaites, mais elles sont un pas dans la bonne direction. Reste que le diable est dans les détails. Ce que nous devons craindre quant à la mise en œuvre de ces orientations c'est la capacité pour le gouvernement du Québec et de ses ministères d'être à la hauteur de la tâche. Quand on voit la pagaille dans les réseaux de la santé et de l'éducation, nous ne sommes pas convaincus que l'excellence soit bel et bien au rendez-vous pour livrer les résultats attendus d'une politique qui pourrait être prometteuse. Il y a aussi le problème de la collaboration avec le gouvernement fédéral et de sa capacité à abréger le temps de délais dans le traitement des dossiers.

Ces éléments mis à part, nous pouvons aussi déplorer que l'on ne retrouve pas dans le document de la consultation de la ministre Fréchette une politique forte de régionalisation de l'immigration. Par ailleurs, le flou artistique demeure quant à la catégorie de résidents temporaires qui sont au nombre de plus de 300 000 personnes. Catégorie floue à l'excès, on y retrouve des étudiants étrangers, des congressistes de passage, des travailleurs saisonniers. Là où le bât peut blesser, c'est que rien n'est prévu pour la francisation de cette catégorie si l'on veut vraiment que la langue de travail et d'usage soit le français. Reste que le titre de la catégorie le dit bien temporaire. Ces gens sont là pour une période variable, mais habituellement de six mois à douze mois. Cela ne devra pas peser sur l'équilibre de la langue française dans l'espace public par rapport à la langue anglaise. Il n'en demeure pas moins que malgré un changement de ton et de cap dans le discours gouvernemental, on continue d'entendre une rhétorique peu désirable dans l'espace public en matière d'immigration. Voyons cela de plus près.

La rhétorique des nationaleux

Le combat d'arrière-garde en matière d'immigration est le fait de la mouvance nationaliste au Québec, surtout chez les ténors du Parti québécois qui trahissent l'expression d'un nationalisme identitaire que je qualifierais de la mouvance des nationaleux. S'en tenant à l'idée que le Québec ne devrait pas accueillir plus de 30 000 immigrants, entre 25 000 et 30 000, afin de respecter la capacité d'accueil. Que veut-on dire exactement par ce concept fourre-tout de capacité d'accueil ? Oui bien sûr, le bien-paraître exige de discourir sur les capacités de nos systèmes d'éducation, de santé et de la pénurie de logements. Mais le fond de la pensée des tenants de cette mouvance c'est quoi au juste ?

Se peut-il que le naufrage démographique présumé du Québec induit par la forte immigration présente au Canada, menaçant du coup le poids démographique et la force du Québec dans ce pays, servent mieux les intérêts de la rhétorique de celles et de ceux qui veulent que le Québec devienne un pays ? Derrière des propos du député Pascal Bérubé qui a jugé bon de qualifier Michael Sabia d'Ontarien, ne retrouve-t-on pas une forme de nationalisme tribal qui fait qu'un vrai Québécois ne peut-être un Canadien ? Que fait monsieur Bérubé de Québécois francophones de souche qui, comme moi, se disent à la fois québécois et canadiens ? Sommes-nous à nouveau des traîtres à la nation comme au temps du référendum de 1980 ?

La mouvance nationaliste, à laquelle nous pouvions associer la Coalition avenir Québec jusqu'à cette dernière semaine, diffuse une rhétorique peu propice à ce que nous soyons vraiment une société accueillante et ouverte au monde. Le discours sur l'immigration de la frange nationaliste de notre société est peu approprié pour celles et ceux qui croient comme moi que les nouveaux arrivants sont une grande richesse pour notre société et non pas une menace à notre identité et à notre cohésion sociale. Il faut que le nationalisme québécois se conjugue au pluralisme national plutôt qu'au refuge identitaire.

Gérard Bouchard et l'histoire nationale

Dans un essai publié récemment consacré à la réhabilitation de l'histoire nationale, le sociologue et historien réputé Gérard Bouchard nous livre sa pensée sur un sujet très difficile soit celui de réconcilier le nationalisme québécois avec le pluralisme national en incluant les minorités qu'elles soient genrées, racisées ou sociales. Cet intéressant argumentaire du sociologue plaide pour un nouveau nationalisme qui reposerait sur le rapprochement interculturel par la production d'une histoire de croisements. Bien sûr, la question des peuples autochtones demeure en suspens, car ils furent les premiers à arpenter et à occuper le territoire de nos appartenances. 

Une image contenant texte, tuyau, conceptionDescription générée automatiquementL'histoire nationale demeure à ses yeux une solution à mettre en œuvre pour bâtir une société québécoise inclusive : « En tant que productrice de savoir et de sens, l'histoire nationale demeure plus que jamais un lieu de rapprochement interculturel, un foyer d'échanges et de réflexion sur le passé, le présent, en même temps qu'une source de réflexion sur les valeurs et les idéaux que les citoyens désirent promouvoir ensemble. En ce sens, elle se pose comme un important outil d'intégration de notre société et comme une source de mobilisation civique et culturelle. Elle ne peut toutefois remplir ces rôles qu'au prix d'une vision de la nation qui accorde à toutes ses composantes les mêmes droits. » (Gérard Bouchard, Pour l'histoire nationale. Valeurs, nation, mythes fondateurs, Montréal, Boréal éditions, 2023, p. 107)

N'en déplaise aux nationaleux, les droits individuels sont des lieux importants de notre capacité à faire preuve de capacité d'accueil envers celles et ceux qui font le choix de s'établir chez nous. La querelle des bouts de chiffons n'est pas exemplaire de notre capacité d'accueil.

L'exsangue opposition de Plamondon et des deux mousquetaires

Bref, le gouvernement Legault fait un pas dans la bonne direction avec son document de consultation sur l'immigration, mais la tentation est encore forte au sein de la mouvance nationaliste de faire des immigrants un problème plutôt qu'une solution. La ministre Fréchette semble faire progresser son gouvernement vers un horizon plus propice à nos intérêts comme nation distincte en Amérique du Nord. Il reste à espérer que les démons nationaleux auront été exorcisés pour de bon de l'organisme caquiste laissant ce terrain à l'exsangue opposition de Paul St-Pierre Plamondon et de ses deux mousquetaires.

L'immigration est une richesse pour le Québec et ses régions. Les nouveaux arrivants insufflent un vent nouveau dans ses rangs et le Québec doit comprendre que son avenir passe par sa capacité d'accueil et d'intégration. Le gouvernement Legault vient de mettre la table à ce joyeux festin même s'il choisit de reculer pour mieux avancer...



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