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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Nous vivons dans un paradoxe social existentiel assez spectaculaire

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi le 23 mars 2026      

D'un côté, globalement, les gens n'ont jamais vécu si vieux. Tellement qu'on apprend encore à conjuguer avec les conséquences de ce vieillissement. Les conditions de santé publique, les avancées médicales et les infrastructures mises en place font en sorte qu'on repousse constamment l'indice de longévité.

Au cœur du quotidien de ces personnes, il y a l'ennui. Un ennui plus ou moins ressenti, me direz-vous, parce que modulé par des variations cognitives plus ou moins sévères.

De l'autre côté, il y a une jeunesse qui naît au cœur d'un univers numérique qui évolue de façon hallucinante. Pour l'image, c'est comme si on coupait le cordon ombilical qui leur a permis de se développer et qu'on les branchait sur un cordon d'accès au monde numérique.

Dans ce monde-là, l'ennui n'existe pas. Les sens sont toujours sollicités. Que ce soit par des algorithmes qui tirent plus vite que l'ombre de la pensée humaine ou encore par les outils de conversation qui ne tolèrent pas de délai de réponse, la place de l'ennui est pratiquement inexistante. Je dis pratiquement parce qu'elle dépend aussi de l'encadrement parental et de la stimulation hors numérique des milieux où grandissent les enfants.

Salutaire ennui

Pourtant, l'ennui est salutaire. Nécessaire, même. J'entends par ennui les périodes hors du monde numérique et lors desquelles nous ne participons pas à une activité avec d'autres personnes.

Le genre de situation qui nous donne le choix entre glander et faire quelque chose.

Par voie de conséquence, l'ennui est un déclencheur de créativité. Je me souviens d'un énoncé de Michel Barrette qui parlait du Lac-Saint-Jean comme d'une région magnifique, mais tenue à l'écart du déploiement de la télé et autres technologies avant l'arrivée massive d'Internet. « Si tu voulais avoir du fun, fallait que tu t'en fasses! », disait-il avec justesse.

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Les conteurs avaient de la place pour s'exprimer, les troupes de théâtre étaient nombreuses et les humoristes issus de cette région sont légion ! Derrière toutes ces manifestations culturelles, il y avait un embryon de créativité souvent déclenché par l'ennui ou la peur de l'ennui, le tout couplé d'une volonté de se rassembler pour solidariser.

C'est sain, l'ennui. Quand on a encore le choix de le déjouer en se mettant en action, évidemment.

Performer l'ennui : ça se peut !  

Il y a toutes sortes de tendances sur les médias sociaux. Les autoproclamés influenceurs rivalisent depuis des années pour insuffler une vision du monde qui est la leur. Pour être dans le coup, ces personnes multiplient les publications. Si ces contenus sont parfois créatifs, ils sont tellement nombreux qu'ils peuvent abrutir des millions de spectateurs qui les regardent en boucle.

Mais voilà qu'une tendance s'installe. Gagnera-t-elle en popularité? Sais pas. Mais toujours est-il que des influenceurs décident d'allumer leur caméra et de se filmer en train de ne rien faire. Des fois, pendant 15 minutes. Et des gens regardent ça pendant 15 minutes, parfois ! Ils performent l'ennui. Ça peut paraître étrange, mais ça procure, j'imagine, un temps d'arrêt, de contemplation béate, comme en réaction à une surconsommation de messages ininterrompus. 

J'y vois un embryon de bon sens dans le fait que ça remet de l'avant le concept même de l'arrêt ou du ralentissement, à tout le moins, du flot de messages et vidéos ingérés.

Et ces temps de méditation, contemplation ou ennui permettront peut-être, on peut l'espérer, le déclenchement du mécanisme de créativité qui ne demande qu'à s'exprimer.

J'ai ici une pensée pour ma belle-maman qui était parfois confrontée aux soupirs de ses enfants : « C'est plate ! » Elle répondait simplement : « Reprends ta phrase et dis plutôt : je suis plate! »

Je vous souhaite un brin d'ennui...

Clin d'œil de la semaine

Pour une société meilleure, il faudrait prendre le temps d'ennui de fin de vie et le greffer au début de la vie !


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