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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

L’année du réveil de lendemain de veille

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François Fouquet Par François Fouquet
Lundi le 6 juillet 2026      

Nous sommes réunis dans l'ombre bienfaisante d'arbres devenus matures sur la ferme de mon frère. Le temps passe. Ces arbres étaient de jeunes poussent il y 30 ans. Ma fratrie est là, conjointes et conjoints aussi.

Un moment heureux. On souligne un anniversaire de mariage qui n'est pas sans nous rappeler que le calendrier, avec une redoutable efficacité, tourne ses pages inlassablement.

Huit personnes heureuses qui ne manquent de souligner la chance qu'on a d'être encore tous ensemble. Après tout, chacun a un exemple de chaise subitement devenue vide dans son entourage immédiat. Qui n'en n'a pas, d'ailleurs?

Le temps est bon, le ciel est bleu.

Le repère des souvenirs

Forcément, quand la notion d'anniversaire s'invite à une petite fête, voilà que les souvenirs surgissent. Si vous lisez cette chronique de temps à autre, vous vous dites peut-être, avec justesse, que je suis un nostalgique. Ouaip, bien vu. Mais un nostalgique heureux qui regarde vers l'arrière et l'avant en essayant de retirer le beau tout autour.

Les souvenirs heureux sont des repères réconfortants, accessibles et gratuits! Autant en profiter!

Mais voilà qu'au gré de nos discussions, un sujet s'impose. Prend forme. On essaie de s'expliquer comment on a réussi à avancer, comme société, en faisant fi d'entretenir nos infrastructures. Nos acquis.

Après 50 ans, comment a-t-on pu faire pour ne pas encore être en mesure de nous servir adéquatement de cette masse de béton qu'est le stade Olympique de Montréal? Bien sûr que sa conception et sa réalisation ont été un puissant exemple de corruption. Mais la masse de béton est là et on ne s'en débarrassera pas. Alors, qu'est-ce qui a cloché?

Comment se fait-il qu'on en soit à constater des situations de moisissures et de toits qui coulent sur les bâtiments abritant nos écoles et nos hôpitaux?

Comment se fait-il qu'on réalise aujourd'hui l'extraordinaire et pratiquement irrattrapable retard dans l'entretien de nos conduites d'eau et d'égouts sous le bitume troué de nos rues. Et pourquoi ces trous partout, d'ailleurs?

Une piste est avancée lors du souper qu'on partage.

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Dans les années 1960, dans la foulée d'une révolution tranquille qui a généré des actions spectaculaires, nous avons su construire écoles et routes, hôpitaux et infrastructures modernes. L'hypothèse de la décrépitude observée 50 ans plus tard : on s'est dit, voilà, c'est construit, on l'a fait, on s'applaudit.

Et pour l'entretien, les réparations, les améliorations? Bof...on est rendus ailleurs...

Comme construire sa maison en se disant qu'elle s'entretiendrait toute seule.         

La fierté de prendre soin

Nous n'avons pas cette fierté de l'entretien minutieux de nos acquis collectifs. On laisse aller jusqu'à ce que ça menace de s'écrouler et là, on sort des rapports d'experts qui nous disent : vaut mieux tout jeter à terre.

Pourtant, cette fierté est possible et définitivement payante, dans tous les sens du mot payante. Deux des membres de notre tablée ont témoigné, avec respect et presque admiration, de cette fierté de l'entretien impeccable constaté en Suisse, où ils ont habité quelques années.

Comme triste parallèle, on raconte cet événement incompréhensible de l'agrandissement d'un bâtiment public lors duquel on a dénudé un mur de son gypse pour faire les travaux. On a alors constaté la présence de pourriture dans la structure. Réaction du chargé de projet : « on referme comme si de rien n'était et on notera ça dans les prochains budgets d'entretien. Là, on est dans un budget d'agrandissement. »

Ceci explique probablement tout cela...

L'année du réveil de lendemain de veille

Nous sommes dans une ère bien spéciale qui est peut-être propice à un réveil, même si c'est en mode lendemain de veille.

Tout est maintenant décidé sur la base de l'urgence nationale. On a appris ça de la Covid, je crois : on peut tout faire en plaidant l'urgence nationale. On peut investir des milliards de dollars dans un oléoduc, on peut acheter des avions et des armes pour mieux s'armer, même pas besoin d'en jaser au parlement!

Puisque c'est comme ça, ne pourrait-on pas, comme électeurs, nous servir de la situation d'urgence nationale pour décréter une mise à niveau des infrastructures sociales, communautaires et physiques?

Un peu de fierté infusée par rapport à une forme d'équité dans la société et par rapport au fait de voir à l'entretien de nos structures, si ce n'est pas une urgence nationale je ne sais pas ce que c'est!

À nous de jouer. Les politiciens se nourrissent de sondages. Alors sondons-nous d'abord, et affirmons ensuite. C'est le temps!

Clin d'œil de la semaine

Lors des célébrations du 250e anniversaire des États-Unis, Donald Trump a martelée que les communistes sont en train de s'installer à résidence aux États-Unis, ce qu'il identifie comme une menace majeure. J'y vais de ce triste clin d'oeil : et s'il semait là l'urgence qui lui permettra d'annuler les élections de mi-mandat?


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