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Les blues des bleus québécois

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 25 janvier 2023      

Drôle de semaine politique que le Québec vient de vivre. D'abord la crise à l'urgence de Maisonneuve-Rosemont qui s'est traduite par la fermeture des services pour une nuit et le départ d'une gestionnaire sous fond de chantage syndical appelant à la démission de plus de 100 infirmières si la direction laissait en place la cadre qui supervisait le service. Puis, cette opération charme du nouveau chef élu du Parti conservateur, Pierre Poilievre, en visite au Québec pour trois jours. Les médias ont tous eu droit à une entrevue de ce nouveau personnage politique de la scène fédérale.

Durant ces entrevues, le chef conservateur Poilievre a tout fait pour faire oublier ses frasques de la dernière année où il a appuyé les camionneurs à Ottawa, fait la promotion des cryptomonnaies et emprunté un discours politique aux allures trumpiennes. Il n'y a pas à dire, Poilievre a multiplié les efforts pour se donner un petit air sympa et nous faire oublier qu'il est résolument un homme de droite, une droite radicale. C'est là que le bât blesse. Polievre pourrait-il mieux faire au Québec que ses prédécesseurs Scheer et O'Toole ? Plus largement, Poilievre pourra-t-il profiter de l'usure du gouvernement de Justin Trudeau pour devenir une véritable alternative de gouvernement au Canada ? Cette chronique cherchera à jeter un éclairage sur cette question.

Le Québec et les bleus

Le mouvement conservateur a été longtemps présent dans l'histoire du Québec. On se rappellera qu'au lendemain des rébellions de 1837-1838, l'un des premiers intellectuels québécois, Étienne Parent, s'est distingué par sa pensée conservatrice qui préfigure les réformistes menés par Lafontaine plus tard. Parent s'est fait prêcheur d'une idéologie à l'enseigne de la modération. Au temps des rébellions, cela fut mal vu, il fut considéré comme un traître par les patriotes et emprisonné par le gouverneur anglais pour menées séditieuses. Devant le fait accompli de l'Union des Canadas (le Bas-Canada et le Haut-Canada), Parent devient le chantre d'une vision que fera sienne plus tard Henri Bourassa de l'égalité entre les deux peuples issus des deux Canadas. Journaliste, bibliothécaire et fonctionnaire, Étienne Parent ressuscitera le journal Le Canadien en 1831 et c'est à lui que nous devons la devise : « Nos institutions, notre langue et nos lois. » Conférencier émérite après les années 1840, le socle des idées émises par Étienne Parent sera par essence libérale-conservatrice. Elles seront reprises par Louis-Hippolyte-Lafontaine. Georges-Étienne Cartier a pris le relais et cela a amorcé une domination des bleus au Québec pour plus de 40 ans. Cela a pris fin avec le règlement des écoles séparées au Manitoba et la pendaison de Louis-Riel. Par la suite, ce fut le moment des libéraux et de Wilfrid Laurier et de Taschereau au Québec. Cela fut interrompu par le règne de Maurice Duplessis au Québec qui a pris fin avec la Révolution tranquille.

Plus près de nous, il y a eu le gouvernement Mulroney en 1984 qui a réussi grâce à une synthèse de conservatisme et de nationalisme à conquérir le Québec et le Canada dans une rare complicité tant à l'Ouest qu'à l'Est, en passant par le Québec et l'Ontario. C'est le rêve éveillé des conservateurs du Canada de rééditer l'exploit de Brian Mulroney. Tout cela pour dire qu'au Québec, il est vrai d'affirmer qu'il existe un vieux fond bleu qui est d'ailleurs aujourd'hui le fonds de commerce de la Coalition avenir Québec de François Legault. Pierre Poilievre pourra-t-il réussir à mettre à profit cette trame historique québécoise pour faire mieux que ses prédécesseurs ? Voilà la question.

Poilievre et le Québec

Déjà, je crois que nous pouvons postuler l'hypothèse du rendez-vous manqué de Poilievre avec le Québec. Le premier moment marquant de cette relation est l'appui de Poilievre au mouvement des camionneurs à Ottawa. Cela ne passe pas très bien au Québec. Le discours très libertaire qu'il a tenu alors fit en sorte que le souvenir des Québécoises et des Québécois de ces événements c'est que Poilievre est un radical de droite prêt à renier les institutions pour arriver à ses fins politiques.

Le second acte de cette relation est le sort que Poilievre et son équipe ont réservé au député de Richmond-Athabaska, Alain Rayez, à la suite de sa victoire éclatante de la course au leadership du Parti conservateur du Canada. S'acharner sur un représentant du camp des perdants et faire pression pour le faire disparaître de la scène politique était tout sauf élégant de la part d'un gagnant par une forte majorité. Je n'évoque même pas les déclarations hasardeuses du candidat Poilievre eu égard à la direction de la Banque du Canada, la cryptomonnaie et l'inflation qu'il attribue qu'à Justin Trudeau, ce qui est un peu court comme raisonnement tout économiste digne de ce nom en témoignera.

Le troisième moment, c'est le dépit manifesté par le nouveau chef des conservateurs à l'endroit de la presse parlementaire d'Ottawa. Cela dénote une vision de la démocratie qui n'est pas rassurante pour l'avenir. Son discours sur les wokes pris comme cible est aussi un autre indice inquiétant de la vision du monde que nous propose Pierre Poilievre.

Enfin, l'autre élément marquant de cette relation de Pierre Poilievre avec le Québec c'est la distance qu'il a choisi de prendre avec le nationalisme québécois et avec les politiques centralisatrices que nous retrouvons trop souvent à Ottawa. Ainsi son absence de position claire sur le débat concernant les transferts en santé pour les provinces et les fameuses conditions évoquées par le gouvernement Trudeau est un silence éloquent. Il est vrai que ce dossier semble avoir trouvé sa conclusion négociée ces derniers jours, il n'est pas rentable pour un chef d'opposition de traiter des thèmes qui avantagent son adversaire. Nous aurons cependant remarqué que Poilievre dans ses entrevues de la semaine dernière a bien expliqué que sous un gouvernement Poilievre, il n'aura pas de traitement de faveur pour le Québec. Contrairement à son prédécesseur Erin O'Toole pas de plan Québec, pas d'ententes particulières. Il ne faut pas lui en tenir rigueur, cela n'a pas fonctionné de toute manière.

Poilievre se présente donc à nous comme un tenant d'une idéologie de droite conservatrice plutôt radicale. Je ne crois pas qu'il y ait de l'appétit pour cela au Québec. Ce qui explique que les derniers sondages donnent la partie belle aux libéraux de Justin Trudeau.

Les bleus en audition

Les bleus sont donc en audition au Québec. Nous déciderons de façon collective si nous leur accorderons ou non un rôle important dans la dynamique politique québécoise. J'en doute fortement. Les idées de Poilievre ne sont pas dans l'air du temps au Québec. Il est vrai qu'il forme avec sa femme un couple à l'image dynamique. On cherchera donc à convaincre les Québécoises et les Québécois des vertus de la potion conservatrice à coups de marketing et par le recrutement de candidats vedettes. Une recette qui risque de faire long feu et de laisser les conservateurs québécois sur leur faim. C'est pourquoi je suis d'avis que ce que nous risquons d'entendre dans les prochains mois ce ne sont pas les trompettes d'une victoire conservatrice annoncée, mais plutôt un langoureux blues plaignard des conservateurs qui une fois encore auront été incapables de se faire entendre auprès de l'électorat québécois. Ce sera le blues des bleus québécois...



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