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Le péril chinois

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 8 mars 2023      

De l'emprisonnement de Meng Wanzhou, fille du fondateur de l'entreprise chinoise Huawei à la séquestration des deux Michael en passant par l'épisode des mystérieux ballons chinois et l'interdiction du réseau social TikTok, les relations entre la Chine et le Canada sont pour le moins tendues. D'autant que des accusations sérieuses planent au-dessus de la Chine pour des interventions dans des élections canadiennes et pour maintenir des postes de police chinois pour intervenir dans la vie de ressortissants de son pays en sol canadien. N'en jetez plus, la cour est pleine. La problématique chinoise est révélatrice de l'absence de politique étrangère canadienne et en fait de la faiblesse de ce pays. Le Canada de Pearson n'existe plus. On se retrouve devant un État Eunuque sans réelle capacité d'intervention et d'influence dans le monde. Un État postnational du 21e siècle. Réflexions libres sur la Chine et le Canada.

La Chine, les Chinois et le Canada

Les Canadiens d'origine chinoise constituent l'un des plus grands groupes ethniques au pays. Lors du recensement de 2016, 1,8 million de personnes ont déclaré une ascendance ethnique chinoise. Malgré le rôle important des Sino-Canadiens dans l'économie canadienne, notamment dans la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique nous avons fait preuve d'une vive hostilité à l'immigration chinoise. De 1885 à 1923, l'immigration chinoise au Canada a été limitée par une taxe d'entrée prohibitive et, entre 1923 et 1947, elle est tout à fait interdite. Celles et ceux qui veulent en savoir plus sur cette communauté dans l'histoire canadienne pourraient à profit lire le livre de Denise Helly sur les Chinois à Montréal publié en 1987 intitulé Les Chinois à Montréal, 1877-1951. Dans ce livre, vous pourrez prendre toute la mesure des discriminations vécues par ces ressortissants chinois à Montréal. (Denise Helly, Les Chinois à Montréal, 1877-1951, Québec : Institut québécois de recherche sur la culture, 1987, 315 p.)

Pourtant, les Sino-Canadiens qui se sont essentiellement installés dans les zones urbaines, en particulier à Vancouver et Toronto et dans une moindre mesure à Montréal comme en témoigne le quartier chinois de Montréal. Ils ont apporté une contribution à chacun des domaines de la société canadienne, de la littérature à la religion, en passant par les sports, la politique, les droits civiques, la musique, le cinéma, l'économie, la philanthropie et l'éducation. Ce rappel pour indiquer qu'il ne faut pas confondre nos compatriotes sino-canadiens et le gouvernement chinois dans notre appréciation de la situation actuelle. Ce qui est en cause c'est le comportement inacceptable d'un pays à l'égard du nôtre. Un pays qui foule aux pieds toutes les règles élémentaires de diplomatie et qui n'hésite pas à manifester envers notre gouvernement du mépris et cela requiert une riposte énergique. Ce qui semble être une impossibilité pour le Canada d'avoir une politique étrangère digne de ce nom.

C'est quoi le problème ?

Il est mis en examen le fait que la Chine soit intervenue directement dans la politique intérieure canadienne en voulant favoriser des candidats lors de nos élections. Je comprends que ce fait est troublant, mais ce n'est pas une grande nouveauté que des États étrangers interviennent dans la politique intérieure d'autres pays pour favoriser ses intérêts. Le gouvernement américain a pratiqué régulièrement cette politique allant même à renverser des gouvernements étrangers par des coups d'État pour protéger les intérêts des entreprises américaines. Faut-il rappeler le renversement du gouvernement démocratiquement élu du Chili de Salvatore Allende pour nous en convaincre. La Russie de Poutine a aussi donné dans ce genre de politiques en appuyant ou cherchant à appuyer la candidature de Donald Trump lors de son élection contre la candidate démocrate Hillary Clinton. Je veux donc proposer l'idée que des gouvernements étrangers qui cherchent à influencer des démocraties pour défendre leurs intérêts n'est pas nouvelle ni originale. Ce qui ne signifie pas que nous ne devons pas réagir énergiquement à ces tentatives de détournement de nos démocraties. Il faudrait aussi dans un même mouvement éviter de nous ingérer nous-mêmes dans la vie politique des autres pays au nom de grands principes valeureux, mais qui sont tout de même des ingérences dans la vie politique de pays étrangers. Notre défense des Ouïghours en constitue un exemple. Défendre les droits de la personne, bien que méritoire, n'en constitue pas moins une intervention étrangère dans les affaires politiques d'un pays étranger. Faut-il alors cesser de défendre nos valeurs et les Ouïghours ? Ce n'est pas ce que je dis. Il faut cependant être conséquent et rompre nos relations économiques et diplomatiques avec des pays qui ont des comportements et des attitudes que nous jugeons incompatibles avec nos valeurs et nos politiques. Ainsi, il faut cesser toutes relations avec l'Arabie saoudite, la Chine, la Turquie et bien d'autres pays qui ont des dictatures à leur tête et qui foulent aux pieds les valeurs que nous défendons.

Rompre avec la Chine

Je ne crois pas que la Chine soit subitement devenue une menace à nos vies. Je ne crois pas que les représentants du gouvernement chinois sont plus dangereux pour nous aujourd'hui qu'ils ne l'étaient hier alors que nous vantions les mérites de Mao Tsé Toung, célébrions le Dr Normand Béthune ou organisions des missions économiques avec nos premiers ministres pour vendre nos entreprises aux Chinois. Malgré tous les discours, les universités canadiennes continuent d'accueillir des ressortissants chinois dans nos universités, nos échanges économiques demeurent, les Chinois se portent acquéreurs de nos terres et de nos centres-villes. Une politique conséquente sera donc d'interdire toute relation avec la Chine et le Canada tant économique que diplomatique. La Chine a démontré qu'elle n'avait rien à cirer de notre pays et de notre premier ministre. Elle fait ce qu'elle entend, car elle se sait la plus forte, la plus riche et la plus puissante. C'est évident que nous ne pouvons pas déclarer la guerre à la Chine ni à aucun pays d'ailleurs, mais nous pourrions tout au moins faire preuve d'un minimum de fierté et assumer pleinement notre souveraineté en rompant toute relation avec ce pays qui ne nous respecte pas. Je sais que cette position est peu réaliste dans le monde d'aujourd'hui. D'ailleurs, le Canada n'a pas cette marge de manœuvre. Il devra en parler avec son défenseur et mentor, les États-Unis d'Amérique. La réalité c'est que la politique étrangère du Canada est un sous-produit de la politique étrangère américaine et que ce sont les Américains qui dictent nos politiques. La Chine ne fait pas exception, loin de là. Il n'y a pas de politique étrangère canadienne autonome de celle de notre voisin américain. Il faudrait avoir l'honnêteté de le reconnaître et cesser de faire semblant que le Canada est un vrai pays, puissant et respecté dans le monde. Cela c'était hier. Aujourd'hui, c'est une autre affaire. Nous sommes des faiblards sans colonne vertébrale et ce n'est pas l'identité du premier ministre qui en est responsable, mais les rapports de force réels dans le monde. En ce qui me concerne, ce constat de notre impuissance est bien plus grave que le péril chinois...


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