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La babélisation de l’espace public

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 13 juillet 2022      

Il ne se passe plus désormais une journée sans que les contenus sur les médias sociaux ne fassent la une des médias traditionnels. L'incursion des médias sociaux sous divers véhicules tels Facebook, Twitter et les autres étaient remplis de promesse. Ils étaient la promesse d'une plus grande participation des publics aux débats de la Cité. Cette expérience inédite de démocratie en ligne a cependant fait place avec le recul des années à de l'incrédulité, de la méfiance et de l'inquiétude. En dépit de la riche potentialité que représentent les médias sociaux, on doit se rendre à l'évidence qu'ils ont failli à leur promesse.

Ils sont la source de la fragmentation des publics, de leur fermeture dans leurs bulles respectives et à de nombreux excès. La disponibilité de réseaux internet, la multiplication des réseaux sociaux ont contribué à faire de ce torrent de paroles et d'écrits un obstacle à la formation d'une opinion publique éclairée. Cela nuit ainsi à la construction d'un meilleur vivre-ensemble. L'une des expressions les plus fâcheuses des excès de ces outils se manifeste notamment par la mise en place d'un tribunal populaire qui condamne à qui mieux mieux sans en avoir ni les compétences ni le sens d'équilibre que nécessite le bon jugement et le sens de la justice la plus élémentaire.

Des exemples de condamnation populaire d'artistes

Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver des exemples afin d'illustrer notre propos. Ces derniers jours, nous avons appris que le retour de l'humoriste Julien Lacroix après deux années d'absence se préparait. Il n'en fallait pas plus pour que les censeurs ordinaires y trouvent à redire. Deux ans ce n'est pas suffisant. Julien Lacroix doit payer et il n'a pas encore suffisamment payé pour ses crimes. Quels sont ses crimes ? Des allégations d'inconduite et d'agressions sexuelles, mais jamais portées devant les tribunaux. Julien Lacroix n'a jamais eu l'occasion de se défendre contre des preuves de ses accusateurs. Cela signifie-t-il que Julien Lacroix ne méritait pas d'être interpellé ? Non, mais après une thérapie de deux ans, un retour à la sobriété, ce jeune homme a plus besoin d'encouragements que de dénigrements. Chose certaine, il n'a pas à se soumettre au jugement du tribunal des égouts. Qui sont les gens qui composent de tribunal ? Se rappelle-t-il que nous vivons tous dans une cage de verre et qu'il est hasardeux de jeter une pierre au risque de briser sa propre cage ?

Il y a aussi le cas de l'actrice et animatrice de talents Maripier Morin qui elle aussi sera à nouveau présente dans l'espace public. En prévision du lancement du film de Mariloup Wolfe, Arlette, film qui traitera de politique. Maripier Morin y tiendra la vedette, se glissant dans la peau d'une jeune ministre de la Culture devant prendre sa place dans un milieu hostile. Rôle sur mesure pour Maripier Morin s'il en est un. Pour préparer la sortie de ce film et de la promotion qu'elle devra faire, Maripier Morin se lance dans une opération de relations publiques pour refaire son image en mettant de l'avant sa sobriété, sa repentance, son rôle de maman et surtout je l'espère son immense talent de comédienne. Le crime de Maripier Morin est d'avoir eu elle aussi, comme Julien Lacroix, des comportements douteux en matière sexuelle de même que des problèmes de consommation d'alcool et de cocaïne. Elle aussi est disparue de nos écrans depuis un bon bout de temps. Son retour suscite et suscitera maints commentaires du tribunal de l'opinion publique populaire même si, comme Julien Lacroix, elle n'a jamais été condamnée par un tribunal pour quoi que ce soit.

Des dérapages avec la vérité

D'autres exemples nous viennent en tête lorsque l'on évoque l'idée de fausses nouvelles ou tout simplement de mensonges éhontés. Le plus spectaculaire d'entre tous est bien sûr le vol de l'élection présidentielle américaine par Joe Biden et les démocrates. Le grand mensonge de Trump qui a presque mené à un coup d'État dans l'une des démocraties phares du monde libre. Cela est quasi incroyable. Ne pensons pas que nous sommes immunisés contre ce virus de la désinformation chez nous au Canada. Les canulars de toute sorte sur les vaccins, la pandémie de la COVID-19 en sont des exemples navrants. Cela s'est illustré dans l'apothéose du convoi de la liberté et de l'occupation du centre-ville d'Ottawa pendant de longues semaines.

Triste à reconnaître, mais les fake news ne sont pas apparus qu'avec les médias sociaux même si ceux-ci en facilitent grandement la diffusion. Dans un livre publié en 2018 aux éditions des Presses de l'Université Laval, sous le titre évocateur : Les fausses nouvelles, nouveaux visages, nouveaux défis, comment déterminer la valeur de l'information dans les sociétés démocratiques. Les auteurs Florian Sauvageau, Simon Thibault et Pierre Trudel font le lien entre le contenu des fausses nouvelles que l'on trouve sur les médias sociaux et les informations familières aux spécialistes de la propagande lors de la Première Guerre mondiale.

Dans la revue Pouvoirs (no 164, no 1, 2018 p. 99 à 119). Jayson Harsin publie un article intitulé « Un guide critique des fake news : de la comédie à la tragédie » Permettez-moi de vous en citer un extrait fort significatif aux propos de cette chronique : « Les fake news relèvent d'un certain type de désinformation, similaire à la propagande traditionnelle associée à l'État et au gouvernement. Elles s'inscrivent dans un phénomène historique et culturel communément désigné par le terme de "post-vérité" et présentant toutes sortes d'options agressives dans leur répertoire (certains préféreront parler de leurs "armes" dans un "arsenal" constitué en vue de mener une "guerre de l'information") incluant différentes bombes communicationnelles... »

Des bombes lancées à des fins politiques afin de modifier les rapports de pouvoir entre les groupes sociaux. Il n'en demeure pas moins que nous sommes loin, très loin, d'une conversation démocratique. Ce qui fait en sorte que la présence des médias sociaux dans nos vies contribue à généraliser la désinformation et à rendre brutaux les échanges et les discussions en les déshumanisant et en cherchant un bouc émissaire pour évacuer la colère. C'est en quelque sorte le retour du refoulé à vitesse grand V...

Le juge Poliquin...

À la lumière de ce que sont devenus les médias sociaux et le jugement lapidaire d'une population chauffée à bloc par des groupes d'intérêts, vous comprendrez que moi je préfère m'en remettre au jugement de la Cour d'appel du Québec plutôt qu'à ceux entendus dans la rue ou lus sur les médias sociaux. Il est vrai que les tribunaux ont un travail à faire pour mieux comprendre les victimes d'agressions sexuelles. La création de tribunaux spécialisés est en ce sens un pas dans la bonne direction. Il reste néanmoins que la justice parce qu'elle est humaine restera toujours imparfaite aux yeux des uns ou des autres. Cela risque d'être encore plus difficile en cette époque de la babélisation de l'espace public...


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