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Tartufferie politique

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 23 février 2022      

À mes yeux, deux événements ont marqué l'actualité cette semaine. D'abord, l'intervention policière à Ottawa pour mettre fin aux sièges de cette ville et le triste spectacle donné par la classe politique québécoise en marge de l'hypothèse du retour de l'ancien chef du PLQ, Jean Charest en politique active sur la scène fédérale. Sur cette dernière question, on peut à bon droit s'indigner des raccourcis faciles faits par plusieurs chefs politiques sur la relecture sélective du rapport de la commission Charbonneau et de l'idée que les libéraux du Québec étaient sous l'ère Charest, un parti politique corrompu. Des précisions s'avèrent utiles si l'on veut que la vérité conserve ses droits. Réflexions libres autour de la Commission Charbonneau, de la corruption et de Jean Charest.

Mise en contexte

Trois observations méritent d'être portées à l'attention. La première c'est que jamais la Commission Charbonneau n'a établi que le PLQ était un lieu de corruption, elle a plutôt établi que le problème du financement des partis politiques était commun à tous les partis politiques. Par ailleurs, elle n'a pas réussi à faire consensus sur un lien entre le financement électoral à Québec et l'octroi des contrats. La seconde c'est que ce n'est pas dans l'intérêt de la classe politique dans son ensemble de lancer de la boue à des adversaires. Cela entretient le cynisme envers la politique et ses acteurs, contribue à la déliquescence du politique et mène au discrédit qui rendent possible des événements comme le siège d'Ottawa. Enfin, il faut rappeler que l'héritage de Jean Charest comme premier ministre est beaucoup plus riche que veuillent bien le laisser entendre ses adversaires politiques. Comme premier ministre du Québec, Jean Charest laisse un bilan avantageux notamment dans l'affirmation des compétences de l'État du Québec en matière d'affaires internationales.

 

La commission Charbonneau

Rappelons d'abord que la Commission Charbonneau a fait œuvre utile au Québec. Elle a contribué puissamment à une réforme en profondeur de nos mœurs en matière de financement électoral et cela est une réussite incontestable. Il faut rappeler que la commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics a été créée le 19 octobre 2011 par le gouvernement libéral de Jean Charest dans le but « d'alimenter la preuve, de faire connaitre les stratagèmes de corruption et de collusion, de protéger les témoins et les victimes et d'assurer de meilleures pratiques dans l'avenir. »

On sait que cette commission et ses audiences ont marqué l'imaginaire québécois. Qui ne se souvient pas de « Un chum c't'un chum » ou encore du claquement de doigts de la procureure Sonia Lebel aujourd'hui présidente du Conseil du trésor du gouvernement Legault ? D'ailleurs, à compter de la semaine dernière le réseau Crave a porté à l'écran un documentaire de cinq épisodes sur la Commission Charbonneau, il n'y a pas de doute que l'intérêt des gens sera encore une fois au rendez-vous.

Il faut cependant rappeler l'essentiel des conclusions du rapport de cette commission. Citons-en un extrait significatif des faits saillants de ce rapport : « Un des principes fondamentaux de la Loi électorale du Québec, l'interdiction du financement des partis politiques par les entreprises, a été largement bafoué pendant la période couverte par le mandat de la Commission, notamment par les entreprises actives dans l'industrie de la construction. La responsabilité première incombe aux deux principaux partis, soit le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ). L'Action démocratique du Québec (ADQ) a également profité des contributions d'affaires. »

La Commission Charbonneau a clairement établi qu'il y avait de la magouille dans le financement des partis politiques et une pratique de prête-noms permettait de contourner la Loi électorale du Québec. Par ailleurs, la Commission Charbonneau a pu établir des liens évidents de corruption dans les municipalités et les villes du Québec dont à Laval et à Montréal. Cela est un fait avéré. Les lois ont été changées en conséquence et aujourd'hui grâce à la juge France Charbonneau nos mœurs politiques ont été assainies. Nous pouvons nous en féliciter collectivement.

Il faut aussi rappeler que jamais la Commission Charbonneau n'a pu établir de liens avec une prépondérance de preuve entre le financement des partis politiques présents à l'Assemblée nationale et l'octroi des contrats. Le désaccord sur cette question entre les commissaires Charbonneau et Renaud Lachance a fait beaucoup parler. Alors si une commission sérieuse comme celle de la juge Charbonneau n'a pu établir de liens entre le financement des partis politiques et l'octroi des contrats, comment Paul St-Pierre Plamondon, chef du PQ, peut-il affirmer avec certitude qu'il y a un lien entre le PLQ et la corruption si ce n'est que par médisance ou par bassesse politique ? Lise Thériault, l'ancienne ministre libérale, a bien fait de remettre les pendules à l'heure sur cette question bien que ce fut dans un style qui lui appartient.

 

Jean Charest

Ce n'est un secret pour personne, j'ai collaboré étroitement avec Jean Charest durant plusieurs années notamment lors de la campagne de 2003 où il a été élu premier ministre du Québec. J'ai milité plus de 25 ans chez les libéraux avant de rompre avec ce parti et monsieur Charest à propos de la loi 78 qui venait supprimer les droits et les libertés des citoyennes et des citoyens du Québec dans le sillage de la crise étudiante de 2012. J'avais écrit alors un texte fort lu dans le quotidien La Presse intitulé, « Je ne reconnais plus le Parti libéral du Québec ». Cela a exprimé mon désaccord profond avec le gouvernement Charest à l'époque, mais je n'ai jamais cessé d'estimer l'homme qu'est Jean Charest. Pour moi, celui-ci il est le politicien le plus talentueux de sa génération et il a fait beaucoup pour le Québec et pour le Canada. Notamment sur la scène internationale. Un accord sans précédent avec la France sur la main-d'œuvre et son engagement envers une économie durable figurent au panthéon de ses grandes réalisations. Il a aussi fait beaucoup pour Sherbrooke et pour l'Estrie. Monsieur Charest n'a pas été le plus grand premier ministre que le Québec ait connu, mais il a un bilan substantiel et celui-ci n'a pas démérité. Cela commande un minimum de respect. Les petits faiseux politiques devraient s'en souvenir avant de dire n'importe quoi et d'encourager le cynisme envers la politique. Il est odieux et inacceptable que des politiciens mettent en cause son intégrité sur la foi de médisances, de demi-vérités et d'attaques sans fondements. Bref, Jean Charest est un homme honnête et rien, si ce n'est sa propre volonté et ses désirs, ne peut le disqualifier d'un retour à la vie publique. Plutôt que de s'en inquiéter ou de chercher à le discréditer, on devrait plutôt être fier qu'un politicien de cette qualité veuille encore servir le Québec et le Canada.

Le cynisme politique et Molière

À cet égard, la classe politique québécoise m'a rappelé par ses comportements l'œuvre de Molière, qui fut un puissant critique de sa société par le biais de son œuvre théâtrale. Je me suis rappelé tout particulièrement son personnage de Tartuffe. Celui-ci incarnait le personnage d'un faux dévot. En fait, cette pièce avait plu à la cour et au roi, mais pas aux autorités morales et religieuses. Ou plutôt ce sont les excès de certains religieux qui sont pointés du doigt. Molière s'attaque à l'hypocrisie des faux dévots, qui se servent de la religion pour séduire. De la même manière que Molière à une autre époque, il faut s'attaquer à ces faux dévots de la vertu en politique qui ont des squelettes dans leur placard. Il faut s'insurger contre la tartufferie politique...

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