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Le Canada brisé de Polièvre

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 23 août 2023      

Ne cherchons pas à fafiner, nous sommes à la rentrée. Fini le temps du déluge estival, retour aux vraies affaires. Le regretté  Camil Samson élu député sous la bannière créditiste en Abitibi, avait un langage populiste très coloré. En le paraphrasant, je vous dirai qu'à l'issue de cette période d'été, nous reprendrons nos activités habituelles, les étudiants étudieront, les professeurs professeront, les politiciens feront leurs politicailleries et les commentateurs commenteront...

Question de commentaires, on ne peut passer sous silence l'avance importante du Parti conservateur du Canada sur les libéraux dans les sondages. La maison Angus Reid accorde une avance de près de 10 points aux conservateurs sur les libéraux à l'échelle nationale. Des chiffres qui, traduit en vote conduiraient à l'élection d'un gouvernement conservateur minoritaire au minimum et peut-être même majoritaire. La seule ombre au tableau pour les conservateurs, leur chef Pierre Poilievre. L'homme aux discours revanchards, aux propos qui séduisent les complotistes, l'homme du  Canada brisé. Poilièvre est le talon d'Achille des conservateurs. Voyons cela.

Le discours des conservateurs sous le leadership de Polievre

Tout commence lors de la course à la chefferie alors que le progressiste conservateur Jean Charest lui livre une lutte bien inégale. S'il en fallait une, la preuve fut faite de façon on ne peut plus claire que les conservateurs à la Brian Mulroney n'étaient plus majoritaires au sein du parti conservateur de Stephen Harper. Tout au long de sa campagne au leadership, Poilièvre a affirmé qu'il ne se présentait pas pour devenir chef du Parti conservateur, mais pour devenir premier ministre du Canada et redonner aux Canadiennes et aux Canadiens plus de liberté. Au moment où la ville d'Ottawa est assiégée par des vandales et des complotistes sous l'étiquette du Convoi de la liberté au début de 2022 en pleine crise de la pandémie de COVID-19 et que des passages frontaliers entre le Canada et les États-Unis sont bloqués, Polièvre donne son appui à ces adversaires de la vaccination et des mesures sanitaires. Il a été prudent sur cette question durant la campagne au leadership, mais il y est allé de plusieurs autres déclarations controversées. Pensons à sa promesse de congédier le gouverneur de la Banque du Canada, sa suggestion que la population canadienne échappe à l'inflation en investissant dans les cryptomonnaies. Ses déclarations contre les mondialistes et le Forum international de Davos. Pour Polièvre, Davos est un lieu de réunion d'une élite mondiale qui défend et promeut des politiques contraires aux intérêts du peuple canadien. Des propos curieux pour un prétendant au poste de premier ministre du Canada.

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Après son élection comme chef avec une avance très respectable sur Jean Charest, Pierre Poilievre présente son équipe de neuf personnes qui dirigera l'opposition officielle. Sa première tâche, dit-il, sera de stopper les augmentations d'impôt proposées par le gouvernement et de juguler l'inflation, qu'il surnomme « Justinflation » dans un effort pour en rejeter le blâme sur Justin Trudeau. Il mène aussi un combat de tous les instants à la taxe sur le carbone.

Enfin, son principal axe de discours récemment c'est celui d'un Canada brisé dû au manque de lien entre un gouvernement des élites déconnectées du vrai monde et du gros bon sens dont Poilievre se fait le champion.

Polievre, la solution pour le pouvoir ou un boulet pour le PC ?

N'en déplaise aux supporteurs de Poilievre et du Parti conservateur du Canada, en dépit des apparences actuelles, Pierre Polievre est le principal obstacle à un changement du gouvernement de plus en plus usé des libéraux de Justin Trudeau. Son image d'un politicien abrasif et près des discours de la droite la plus extrême risque de nuire à son acceptabilité électorale auprès des femmes notamment et des populations du Québec et de l'Ontario. Justin Trudeau, en politicien expérimenté, n'a pas raté une occasion durant la période estivale que nous venons de vivre pour attaquer Poilievre sur ses points faibles. Ce n'est pas pour rien que Poilievre mène une campagne de charme auprès des électeurs et lance une campagne publicitaire qui le montre comme un fils adoptif de deux enseignants de Calgary et qu'il met en scène son épouse, immigrante vénézuélienne de Montréal avec qui il élève deux jeunes enfants. La séparation récente de Sophie Grégoire et Justin Trudeau ne fait qu'amplifier le contraste entre les deux hommes.

Il reste qu'au-delà de l'image, Polievre devra faire connaître le contenu de ses futures politiques. Ce qui n'est jamais simple dans un pays aussi diversifié que le Canada.

Le Canada, un pays brisé ou balkanisé ?

De manière générale, peu de personnes utilisent le terme de balkanisé lorsqu'il songe au Canada. Le Canada n'est pas un pays balkanisé, quoi qu'en disent nos nationalistes impatients au Québec. C'est un peu fort comme terme pour décrire le Canada. Le terme « balkanisation » fait référence à la division politique, ethnique ou territoriale d'une région en entités plus petites et souvent hostiles les unes envers les autres, similaire à ce qui s'est passé dans les Balkans en Europe au cours de l'histoire, avec des conflits ethniques et territoriaux importants.

Le Canada, bien que diversifié sur le plan culturel, linguistique et régional, n'a pas connu le même niveau de conflits internes et de fragmentation que les régions réellement balkanisées. Les différences entre les provinces et les territoires du Canada sont généralement gérées par des processus politiques et démocratiques, et le pays maintient une unité politique et sociale relativement solide. Les régions du Canada ont leurs propres particularités, mais elles sont en général unies par des institutions fédérales et des valeurs communes.

Cependant, on ne peut passer sous silence la recrudescence des tensions et des préoccupations régionales au Canada, notamment en ce qui concerne les relations entre le Québec et le reste du pays en raison de la question linguistique et culturelle, ainsi que d'autres questions politiques, économiques et environnementales. Cependant, ces différences sont généralement gérées dans le cadre du système politique canadien.

Il est là le problème, c'est que le Canada de Justin Trudeau gère moins qu'il ne temporise et son gouvernement tergiverse sur des enjeux cruciaux par exemple, l'influence étrangère de la Chine, la crise du logement ou la faiblesse des mesures mises en place pour lutter contre les changements climatiques. Ce qui peut donner parfois l'impression parfois d'un Canada brisé ou de plus en plus ressemblant aux Baklkans, c'est l'opposition des élites anglophones de Toronto au Québec ou aux populations de l'Ouest et de l'Est du Canada. Cela créé un terrain fertile au populisme prôné par Pierre Poilievre.

Le populisme, une réalité de plus en plus canadienne

J'ai écrit souvent sur le concept des démocraties en crise. Le Canada ne fait pas exception aux autres démocraties occidentales. Si nous ne prenons pas conscience du danger que représente pour nous le populisme, nous risquons de nous faire avaler par une nouvelle réalité qui n'est pas celle souhaitée par la majorité des Canadiennes et des Canadiens et à fortiori d'une très forte majorité de Québécoises et de Québécois.

Le populisme est un concept politique complexe et varié qui peut prendre différentes formes dans différents pays, y compris au Canada. Le populisme se caractérise généralement par une rhétorique anti-élite, une critique du statu quo politique et économique, ainsi que par une prétendue représentation des intérêts du peuple contre ceux des élites.

Au Canada, bien que le populisme ne soit pas aussi répandu ou marqué que dans certaines autres régions du monde, il y a eu des mouvements et des leaders politiques qui ont adopté des éléments populistes. Voici quelques exemples concrets et pertinents. D'abord, le parti fondé par Maxime Bernier, ancien ministre conservateur, est souvent considéré comme ayant des tendances populistes. Le parti a adopté des positions fermes sur des questions telles que l'immigration, le multiculturalisme et le libre-échange. Il a cherché à attirer les électeurs mécontents du statu quo politique. Dans certaines provinces canadiennes, il y a eu des mouvements populistes ou des partis qui ont adopté des positions populistes pour attirer les électeurs. Par exemple en Alberta, le Parti Wildrose (qui a fusionné avec le Parti conservateur progressiste pour former le Parti conservateur uni de l'Alberta) a souvent été considéré comme ayant des tendances populistes. L'élection en Alberta de la première ministre Danielle Smith est une avancée tangible des populistes au Canada.

Les mouvements populistes ont tendance à émerger en réponse à des préoccupations économiques et sociales. Au Canada, des questions telles que l'inégalité économique, l'inflation, les politiques contre les changements climatiques, l'accès aux soins de santé, les droits des travailleurs et l'immigration peuvent alimenter des discours populistes. Certains dirigeants politiques au Canada, tout en n'étant pas nécessairement affiliés à des partis populistes, ont utilisé des tactiques de communication populistes pour se connecter avec les électeurs. Cela peut inclure des discours anti-élites, une rhétorique simpliste et la mise en avant de solutions simples à des problèmes complexes. C'est le cas du chef des conservateurs, Pierre Poilievre.

Ce qui nous laisse devant un choix terrible lors des prochaines élections canadiennes, voter pour un gouvernement usé et au leadership vacillant sur plusieurs enjeux cruciaux pour notre avenir où prendre le risque du populisme avec Pierre Poilievre et de sa guerre contre les élites mondialisées. L'électorat verra sa voix étouffée dans le Canada brisé de Poilievre...


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