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«La province de Québec n’a pas d’opinions, elle n’a que des sentiments»


Wilfrid Laurier, premier ministre du Canada 1896-1911
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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 3 mai 2023      

Wilfrid Laurier, un ancien grand premier ministre avait déclaré que sa province, le Québec, n'avait pas d'opinions, mais que des sentiments. Aujourd'hui, on doit se rendre à l'évidence qu'il avait raison en partie du moins. Il n'avait pas prévu qu'à notre époque les opinions seraient basées sur des sentiments et non pas sur la science. Le Québec a non seulement des sentiments, mais il se gouverne avec des opinions issues de ces sentiments. Nous en sommes au gouvernement de l'opinion et des sentiments et de la bonne conscience. Prenons un moment pour réfléchir ensemble à cette question si vous le voulez bien.

Un gouvernement d'opinions

La décision du gouvernement de François Legault de mettre fin au projet de troisième lien autoroutier entre les villes de Québec et de Lévis a plongé la classe politique dans un psychodrame. Les médias et les commentateurs de la scène politique ont accordé à cette question une place démesurée dans l'espace public si l'on considère l'importance de l'enjeu. Après tout, cela n'est qu'une banale question d'infrastructures pour une région. Cela ne valait pas autant de chemises déchirées. Ce qui est vrai avec le dossier du troisième lien l'est encore plus avec la nouvelle crise liée à une enseignante, qui manifestement a besoin de soins urgents, elle crie et traumatise les petits de première année dans une école primaire. Je ne veux pas minimiser la chose, mais cela n'est tout de même pas une affaire d'État la gestion d'une classe ou d'une école. Pourtant, cela est devenu un dossier national et urgent. Il en va de même avec plusieurs autres questions. Il s'agit que les médias s'emparent d'un sujet pour que les autorités en deviennent prisonniers et que cela devienne le sujet de l'heure. Vous voulez des exemples : le conducteur fou et meurtrier de Laval, madame Chantal, le troisième lien et tutti quanti. En fait, les premières pages de certains quotidiens nous donnent une bonne idée. Cela est préoccupant. Non seulement nous gouvernons désormais aux sondages d'opinion, mais aussi au rythme de l'agenda-setting des médias. C'est ce que nous devons appeler un gouvernement d'opinion. Discutons cela quelques instants...

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Les sondages d'abord...

Vous ne serez pas étonnés d'apprendre que les gouvernements comme ceux du Québec et du Canada gouvernent beaucoup par sondages. La moindre intention, la moindre loi est scrutée à la loupe dès son origine afin d'en mesurer l'acceptabilité électorale auprès des publics cibles préidentifiés. On peut faire l'hypothèse sans grands risques de se tromper qu'avant d'annoncer la décision de mettre fin au projet de troisième lien autoroutier, entre Québec et Lévis, le gouvernement Legault a commandé des sondages. IL y a découvert qu'un projet de troisième lien entre Québec et Lévis s'élevant par exemple à 12 milliards de dollars passerait mal dans l'opinion publique québécoise. D'autant que les études que nous découvrons ces jours-ci pointent de nombreux autres problèmes pour ce futur lien comme l'obligation d'y interdire le trafic lourd. Sans compter que ce projet n'a jamais été un projet sérieux. Mais sur la base de sondages, je pose l'hypothèse pour fins de discussion, le premier ministre Legault a pris la décision de mettre fin au projet. Il a ensuite mis en place avec son équipe un plan de gestion de crise pour organiser la sortie de cette nouvelle qu'il savait dommageable pour ses députés et ministres de la région de Québec incluant la région de Chaudière-Appalaches. Mais gérer des crises est un sport dangereux et il y a toujours de dommages collatéraux. On doit admettre que pour le moment le pari du gouvernement Legault tient. Il a fait volte-face, plusieurs membres de son équipe ont l'air fous et lui-même s'en sort affaibli parce qu'il n'a pas tenu parole.

Legault, un récidiviste s'appuyant sur ses députés

D'ailleurs, cela serait tel que tel si c'était la première fois, mais c'est quand même un comportement récurrent pour ce premier ministre. Pensons à son abandon de la réforme du monde de scrutin qu'il avait pourtant officialisé par une séance de signature officielle avec les autres partis d'opposition avant son élection pour son premier mandat. Les sondages pourtant révèlent que la population est majoritairement favorable à la mise en œuvre d'un nouveau mode de scrutin. Ici, il faut aussi prendre en compte une autre force motrice d'un gouvernement soit le caucus de ses députés qui était défavorable à ces changements. Bref, le gouvernement Legault gouverne avec des sondages et avec l'opinion de ses députés de qui il a besoin pour assurer sa cohésion. Jusqu'ici rien de neuf sous le soleil, tous les gouvernements font pareil. Ce qui marque une singularité du gouvernement actuel avec ceux qui l'ont précédé c'est son volontarisme à suivre les sentiments et les opinions des personnes qui fabriquent l'actualité chaque jour. Ce que j'appellerais la douce dictature des médias sensationnalistes.

La place prépondérante de l'agenda-setting

Ce qui me fascine de l'époque actuelle c'est l'emprise des médias sur les politiques publiques. Cela n'est pas un fait nouveau. Depuis des lunes, les spécialistes en communication et en relations publiques nous parlent de ce phénomène. Permettez-moi de vous le décrire. L'hypothèse de base est la suivante : les médias exercent un effet considérable sur la formation de l'opinion publique, en attirant l'attention de l'auditoire sur certains événements et en négligeant d'autres.

Les médias définissent ainsi le calendrier des événements et la hiérarchie des sujets qu'il note dans leur agenda. Ce qui entraine immanquablement que les auditeurs ou les téléspectateurs le notent aussi et le mémorisent à leur tour. En plus de l'ordre de présentation des nouvelles du jour, le médiateur va influencer de manière plus voyante ses auditeurs par son commentaire verbal ou gestuel, par le montage, par les illustrations visuelles ou sonores qui seront choisies. Le récepteur se trouve ainsi soumis à une double influence : celle du choix du sujet et celle du commentaire sur le sujet. Par conséquent, la fonction des médias n'est pas de dire aux gens ce qu'ils doivent penser, mais sur quoi ils doivent porter leur attention. Ils proposent donc l'hypothèse suivante : il existe une relation entre l'ordre hiérarchique des événements présentés par les médias et la hiérarchie de signification attachée à ces mêmes problèmes de la part du public et des politiciens. Sans nous en rendre compte, nous vivons tous les jours dans un univers spectaculaire qui pour une large part nous est imposé par les médias d'information.

Un gouvernement d'opinions et de sentiments

Les gouvernements de nos jours gouvernent avec des sondages, des groupes de discussion et sont plus que jamais sensibles à l'opinion de leurs commettants. Cette opinion prend forme publiquement par une opinion publique de plus en plus inspirée des bonnes consciences plutôt que des faits. Cela est exacerbé par de nouvelles technologies qui rendent possible aujourd'hui des médias sociaux qui sont un véritable tribunal d'opinion. Ce qui vient accélérer la disparition de la science et des faits tangibles de la prise de décision dans le processus d'élaboration des politiques publiques. Wilfrid Laurier avait en grande partie raison, sa province n'a pas d'opinions, mais que des sentiments...


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