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La littérature : le chant du cœur du peuple

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 26 juillet 2023      

La controverse entre l'auteur et romancier Kevin Lambert et le premier ministre Legault au sujet de la mention de son dernier roman Que notre joie demeure publié en 2022 chez Héliotrope offre une belle occasion de réfléchir au rapport entre la littérature et de manière générale entre le monde de la création artistique et la politique. Nul ne niera que si tout est politique, la création artistique a toujours été et sera toujours un lieu de critique sociale et politique. Cela mérite quelques commentaires et une réflexion sur l'importance de l'art et de ses multiples significations dans nos vies.

L'art est multiforme et ses significations polymorphes

Ce n'est pas d'hier que l'on s'interroge sur le lien de l'art et des sociétés. Chez nous, les lecteurs nés avant les années 60 s'en souviendront. Nous avions le mépris facile pour Télé-Métropole et le Journal de Montréal que l'on jugeait trop près du peuple et racoleur avec leurs contenus kitch qui suscitaient l'engouement populaire. Il faut convenir que ce n'est pas d'hier que l'on assiste au Québec à une opposition larvée entre le peuple et ses élites autour de l'enjeu de la production culturelle.

Si nous revenons à notre sujet de préoccupation d'aujourd'hui, le lien entre l'art et la politique est un débat qui remonte à l'Antiquité et continue de susciter des discussions animées de nos jours. Ce débat explore les interactions complexes entre l'art et le pouvoir politique, ainsi que le rôle de l'artiste dans la société.

De nombreux artistes ont utilisé leur art comme un moyen d'exprimer des idées politiques, de critiquer le pouvoir en place, de remettre en question les normes sociales et de promouvoir des causes qui leur tiennent à cœur. L'art peut servir de plateforme pour mettre en lumière des problèmes sociaux et politiques, et ainsi mobiliser les gens.

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Dans certains contextes historiques, l'art a été utilisé comme un outil de propagande par les gouvernements et les régimes politiques pour promouvoir leurs idéologies et renforcer leur pouvoir. Des exemples incluent les affiches de propagande, les fresques murales et les monuments érigés pour glorifier les dirigeants et leurs actions.

Par ailleurs, il n'est pas inédit que des gouvernements et des régimes autoritaires aient souvent contrôlé l'art et la culture, en imposant des restrictions, en censurant des œuvres ou en persécutant des artistes dont les idées contreviennent à l'idéologie dominante. La censure peut étouffer la liberté d'expression et la créativité. Ici, on peut penser à des régimes comme l'Iran, la Russie, l'Inde et la Chine par exemple. En Occident, aux 17e et 18e siècles, les principales démocraties d'aujourd'hui avaient des moyens de censure de l'imprimerie. Au Québec, nul n'oubliera le rôle de l'Église catholique romaine dans la censure et le contrôle de l'art. Il faut donc faire preuve de retenue, et se rappeler notre passé, avant de condamner les dictatures d'aujourd'hui. Nous ne sommes pas exempts de tout blâme.

Dans des contextes où la liberté d'expression est restreinte, certains artistes ont choisi de résister par le biais de leur travail. L'art de résistance peut jouer un rôle essentiel dans la mobilisation de l'opinion publique et dans la quête de changement social et politique.

L'art est aussi un puissant moyen pour créer un monde conforme aux aspirations de l'idéologie dominante. Que ce soit par l'entremise de subsides de l'État ou encore par le concours de généreux donateurs privés. L'art est rarement neutre. Bien souvent l'art sert d'outils de construction de l'État ou de l'imaginaire collectif. Il est rarement apolitique quoique puissent en dire les esthètes adeptes de pureté.

L'art est politique

L'art a souvent joué un rôle crucial dans la construction de l'identité nationale en représentant les valeurs, les traditions et l'histoire d'un peuple. Les États-Unis d'Amérique et Hollywood en constituent un puissant exemple. Les gouvernements peuvent encourager la création d'œuvres artistiques pour renforcer le sentiment de communauté et d'appartenance à une nation. Il faut rappeler au Québec le rôle des artistes dans la cause de l'indépendance nationale. Qui ne se souvient pas de 1976 ?

Certains artistes et critiques soutiennent que l'art devrait rester indépendant de la politique, en se concentrant sur des questions esthétiques et personnelles plutôt que sur des débats politiques. Ils estiment que mélanger l'art et la politique peut détourner l'attention des aspects artistiques et esthétiques de l'œuvre. Ce sont les esthètes épris de pureté que j'évoquais auparavant. La réalité semble leur donner tort.

Je suis d'avis que, quelle que soit l'intention de l'artiste, certaines œuvres d'art peuvent refléter inconsciemment les tensions et les réalités politiques de leur époque. L'art peut ainsi devenir un témoignage historique important pour les générations futures.

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La politisation de la littérature

Dans ce contexte et ayant en tête les multiples visages polymorphes de l'art, il ne faut pas s'étonner de la controverse entre le premier ministre Legault et l'auteur Kevin Lambert. Partant du principe que l'art est politique, l'auteur Kevin Lambert ne veut pas voir son œuvre littéraire récupéré par le pouvoir politique. Son livre raconte les pérégrinations d'un architecte de renommée internationale accusé d'embourgeoisement des quartiers. Le premier ministre Legault y voyait une critique nuancée de la bourgeoisie québécoise et aussi la façon dont les groupes de pression et les journalistes cherchent des boucs émissaires à la crise du logement à Montréal. L'auteur ne l'a pas pris. Kevin Lambert qui accuse le gouvernement Legault à travailler à saper les derniers remparts qui nous protègent d'un embourgeoisement extrême à Montréal. Pour lui, mettre son roman de l'avant est un geste minable et il accuse François Legault d'instrumentaliser son récit alors que son gouvernement met en place les pires politiques imaginables. On peut comprendre le point de vue de l'auteur. Il faut par contre constater qu'il exagère un tantinet dans sa critique des propos somme toute innocents du premier ministre Legault qui ne cherchait qu'à mettre en valeur son roman.

Je suis d'avis que l'on devrait plutôt se réjouir que le premier ministre du Québec lise de la littérature d'ici et la commente. Bien entendu, les propos de monsieur Legault sont politiques comme tout ce qu'il dit ou fait, car il est premier ministre. Moi pour ma part, j'aime bien voir notre premier ministre s'intéresser à la littérature et aux livres publiés chez nous. Cela nous change du premier ministre Maurice Duplessis qui se vantait de ne jamais lire de livres et qui affirmait avec dérision que « l'éducation c'est comme la boisson, il y en a qui porte pas ça. »

Je comprends que Kevin Lambert s'offusque de voir son œuvre récupéré par le pouvoir politique, mais ce serait bien pire si ce même pouvoir le censurait ou encore ignorait son œuvre. Malgré tout, en cette période estivale marquée par des catastrophes naturelles qui s'empilent dans nos imaginaires, un débat sur la place de la littérature dans la société et de ses multiples significations politiques est le bienvenu. Cela change le mal de place. Comme l'écrivait Jean-Paul Sartre : « la fonction de l'écrivain est de faire en sorte que nul ne puisse ignorer le monde et que nul ne s'en puisse dire innocent. » À cet égard, on peut dire que Kevin Lambert a fait œuvre d'écrivain par sa critique et que François Legault a joué son rôle en refusant de s'en dire innocent.

Le mot de la fin...

Dans l'ensemble, le débat sur l'art et la politique est complexe, et il n'y a pas de réponse définitive. La relation entre l'art et la politique est souvent fluide et changeante, influencée par le contexte historique, culturel et social dans lequel elle s'inscrit. Quoi qu'il en soit, il est clair que l'art joue un rôle significatif dans la façon dont nous percevons et comprenons le monde qui nous entoure, y compris le paysage politique. Et pour finir cette chronique, citons encore Sartre dans Qu'est-ce que la littérature ? ; « Il n'y a pas d'heure pour la littérature ; la littérature n'est jamais à l'heure. La littérature est le chant du cœur du peuple et le peuple est l'âme de la littérature. » (Jean Paul Sartre, Qu'est-ce que la littérature ?, Paris, Gallimard, 1985, 307 p.)

L'âme du peuple c'est la littérature qui n'est rien d'autre que le chant de son cœur...



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