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  CHRONIQUEURS / Deux mots à vous dire

Ceux qui s’en vont, ceux qui nous marquent

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Photo : page Facebook du Canadien de Montréal
François Fouquet Par François Fouquet
Lundi le 8 septembre 2025      

Les années passent et au fur et à mesure que le temps s'écoule, des souvenirs s'impriment. La mémoire étant un outil vivant, elle se laisse impressionner de façon variable selon le contexte de chaque souvenir.

La mort de Ken Dryden, ancien gardien de buts des Canadiens de Montréal, a ramené à la surface des souvenirs aussi clairs que précieux. Je sais depuis longtemps que ce bonhomme a été marquant pour moi. Mais je n'avais jamais pris l'entière mesure de la chose. Il est toujours étonnant de constater que la mort d'une personne provoque une sorte de choc qui vient mettre en ordre et, surtout en priorité, l'impact que cette personne a eu pour nous.

Une sorte de deuil un peu atypique m'habite, pour dire vrai.

Je ne connaissais évidemment pas Ken Dryden personnellement. Je n'ai pas eu cette chance. Mais il a accompagné mon adolescence de très belle façon.

Je suis un fan du Canadien de Montréal depuis mon enfance. Je ne vois pas pourquoi je changerais aujourd'hui! C'est de même.

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Des joueurs m'ont marqué plus que d'autres. Bob Gainey m'a appris que l'éthique de travail était une valeur sûre. La ténacité de ce joueur et son honnêteté sur la glace m'ont toujours impressionné.

Guy Lafleur m'a électrisé. Des feux d'artifice qui pouvaient éclater n'importe quand. Le feu sur la glace!

Maurice Richard, même si je ne l'ai pas vraiment vu jouer, a occupé un rôle central autant au point de vue social qu'au point de vue du hockey. Sans le savoir, il provoquait, par son jeu et sa façon d'être, le déploiement d'une confiance en nous qui nous manquait cruellement comme Québécois dits de souche.

Plusieurs autres joueurs ont été marquants.

Mais Ken Dryden, c'est différent.

Cette façon d'être résolument calme me fascinait. Évidemment, j'ai cette image du gardien bien appuyé sur son bâton, attendant que le jeu revienne dans sa zone. Un calme qui, me semblait-il, avait une influence positive sur le reste de l'équipe. D'ailleurs, celui que je voyais comme un géant transmettait un sentiment de confiance incroyable. Je repense aux sombres et intimidants Flyers de Fred Shero qui, malgré leur spécialité de casseurs de gueules, se sont souvent cassé les dents sur un mur solide, sûr de lui. Un mur très difficile à ébranler.

Je réalise aussi aujourd'hui qu'il était mon premier vrai contact avec le fait qu'il n'y a pas que la langue qui nous différenciait des anglophones qu'on côtoyait. Le personnage était moins bouillant. Moins latin, je dirais. Plus pragmatique et moins enflammé. Un coureur de marathon, bien plus qu'un sprinteur. J'étais habitué à des réactions plus promptes, plus explosives. Lui me montrait qu'on pouvait agir autrement. Je ne suis pas arrivé à l'imiter complètement à ce niveau (!), bien sûr, mais quand même, la prise de conscience était là.

Et il y a aussi ce point parmi tous les autres : la force de caractère et la confiance au plan qu'on s'est bâti. Il ne se laissait pas distraire. Au point de refuser une offre salariale qu'il jugeait ridicule du Canadien. Il faut dire qu'il avait déjà 2 coupes Stanley en moins de deux ans (il est arrivé à la toute fin de la saison précédente).  Il a refusé une offre plus importante de la Ligue mondiale de hockey et a simplement décidé de terminer son barreau.  

Pour moi, c'était un exemple probant de confiance en soi, d'une part, mais aussi que ce qu'on peut accomplir peut prendre plusieurs formes.  

Deux autres éléments me resteront en tête longtemps. D'abord, le sympathique gardien était un être d'humilité et de respect. Un respect qui l'a amené à l'apprentissage du français pour s'adresser aux partisans dans leur langue. Comme Robinson et Gainey, il voulait ainsi honorer le privilège d'avoir des partisans en s'adressant à eux dans leur langue.

Peu de joueurs y arrivent. Price est un gardien extraordinaire, mais il n'aligne pas assez de mots en français pour débuter une phrase. Pourtant, il y a des années qu'il est là. Même chose pour tant d'autres!

Je garde l'image d'un Dryden qui était là pour vrai. Pour travailler. Pour exceller. Sur la glace, il était le rempart imperturbable pour affronter les tirs ennemis qui se rendaient à lui. Il faut dire que si Robinson et Savard se dressaient en défensive, bien des attaques étaient filtrées, disons-le ainsi! Mais Dryden était là. Solide. Imperturbable.

Calme, mais alerte.

Rassurant, mais pas vantard.

Gagnant, mais pas arrogant.

Ceux qui s'en vont, ceux qui nous marquent.

Ceux qui nous laissent, comme ça, sans même le savoir, un héritage peuplé de repères précieux.

 

Clin d'oeil de la semaine

« Il lance, et compte! »

Ben non. Dryden veillait ! 

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