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(De) Faire société

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 8 novembre 2023      

Le sociologue Joseph-Yvon Thériault a popularisé le concept de Faire société. Ce concept est au cœur de son œuvre. Il s'intéressait tout particulièrement à l'agir politique à partir d'une trame commune récurrente : la société civile. Dans ce dessein, Thériault voyait la société civile comme projet utopique, comme projet politique, comme communauté d'histoire et finalement, comme mode de gouvernance. Si j'évoque Joseph-Yvon Thériault ce matin, c'est pour nous aider à mieux comprendre les causes et les origines de la déliquescence du modèle d'affaires classique de nos médias québécois et canadiens qui a eu pour conséquence l'annonce majeure du Groupe TVA qui a mis à pied 547 employés jeudi dernier et annoncé la fermeture de ses stations régionales et l'abandon de la production à l'interne. Ces mises à pied stratosphériques s'ajoutent aux 140 autres annoncés plus tôt.

Un véritable jour noir pour le monde des médias québécois et pour la culture française et pour l'écosystème de production télévisuelle québécoise. Quoi que l'on en pense, nous sommes tous responsables de l'état actuel des choses. Nos choix individuels sont la principale cause de ce cataclysme pour la culture québécoise. Réflexions à chaud sur l'avenir des médias au Québec.

Quelques chiffres sur les médias au Québec

Pierre-Karl Péladeau a, depuis de nombreuses années, agi comme le canari dans la mine dénonçant sur toutes les tribunes les circonstances défavorables pour le modèle d'affaire des médias québécois. Il s'est plaint de l'injustice de certaines règlementations du CRTC, a mené une partie de bras de fer contre l'empire de Bell et de RDS devant le CRTC, déploré le manque de soutien des gouvernements avec ses programmes de crédit d'impôt et tutti quanti... Que l'on aime ou pas Pierre-Karl Péladeau, on doit reconnaître qu'il n'avait pas tort. La décision qu'il a annoncée jeudi dernier quant aux mesures draconiennes mises en place pour sauver TVA est une preuve éloquente que ses babines suivent ses bottines.

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Si l'on prend la peine de parcourir quelques chiffres sur les médias au Québec, nous sortons de l'exercice un peu catastrophé. Prenons par exemple le volet de l'information. On y apprend que la télévision est la principale source d'information pour 52 % des gens. Les journaux (imprimés et numériques) et la radio traditionnelle ne sont, respectivement, considérés à ce titre que par 15 et 5 % des répondants. Pour leur part, les médias sociaux occupent ce premier rang pour 16 % des personnes interrogées. Leur popularité est plus grande chez les moins de 35 ans où ils devancent la télévision par une bonne dizaine de points. Le temps consacré par les Québécois de langue française à écouter des nouvelles à la télévision traditionnelle a baissé de 19 % entre 2011 et 2019. Il est toutefois revenu, en 2020, au niveau qu'il atteignait en 2011 en raison du grand intérêt pour l'information concernant la pandémie. Quatre Québécois francophones sur dix désignent un support en ligne (site ou application, réseau social ou autre plateforme) comme principale source d'information, une proportion qui passe à six sur dix chez les moins de 35 ans. Pour eux, les favoris dans cet univers numérique sont, dans l'ordre, les médias sociaux, les journaux, et, de manière indifférenciée, la télévision et la radio. Pour les plus vieux, médias sociaux et journaux sont au coude-à-coude. Ces chiffres concordent avec les propos tenus par Pierre-Karl Péladeau lors de son éprouvante conférence de presse pour nous annoncer la mauvaise nouvelle de jeudi dernier. Que nous disait-il ? Simplement que les gens n'étaient plus à l'écoute, surtout les moins de 35 ans, que la télévision généraliste peinait difficilement à survivre à la fragmentation des auditoires au profit des plateformes de diffusion en continu comme Netflix, Paramount, Apple, Disney, Crave, Tou.TV et TVA+ et toutes les autres. On constate que TVA et ses émissions sont encore populaires auprès du public, mais que comme les autres télés généralistes, elle a du mal à connecter avec les moins de 35 ans qui n'écoutent plus la télé. Pire encore, 80 % des revenus publicitaires sont aux mains des réseaux sociaux. Pire encore, les plateformes de diffusion en continu ajoutent la publicité à leur arsenal. On peut ainsi bénéficier d'un prix moindre pour un abonnement mensuel si l'on accepte la publicité. Le modèle d'affaire classique des médias est brisé. L'avenir s'annonce sombre et cela ne peut pas être sans conséquence pour la culture québécoise, son rayonnement et pour la langue française.

L'avenir du Québec devant l'ubérisation des sociétés

Ces dernières semaines, le chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon s'est fait fort de remettre à l'ordre du jour la vieille question de la souveraineté du Québec. J'ai eu l'occasion de dire ce que j'en pensais dans des chroniques précédentes. Il m'apparaît que face au phénomène de l'ubérisation de nos sociétés, le Québec aura fort à faire dans les années à venir pour protéger sa langue et sa culture française devant ces phénomènes et ces tendances lourdes qui veulent faire de nos sociétés des édulcorations d'un monde lisse et univoque. Les secousses vécues quant à l'avenir de nos médias, véritables lieux de reconnaissance et d'affirmation de qui nous sommes, est un sinistre présage des mauvais jours qui s'annoncent pour la pérennité de notre société distincte en Amérique du Nord.

Les phénomènes induits par les sociétés en réseau fort bien décrits jadis par le sociologue Manuel Castells transforment fondamentalement nos sociétés et pas toujours pour le mieux. La « Walmartisation et l'Amazonisation » du commerce en est un excellent exemple. La « Instagramisation et la Facebookisation » de nos façons de nous informer et d'entretenir le dialogue entre nous en est une autre. Je ne parle même pas de l'impact à venir de l'intelligence artificielle avec son cortège de Fake news et de l'invention d'une autre réalité que celle dans laquelle nous vivons. On pourrait attribuer tout cela à la technologie, aux réseaux sociaux, à la domination du monde des données sur le monde réel, mais nous ferions fausse route. Un marteau comme nous le savons peut servir à construire un abri, mais aussi être une arme meurtrière. Le problème ce n'est pas ce que nous imaginons, c'est ce que nous en faisons.

Agir avant qu'il ne soit trop tard...

Ce qu'il faut que nous fassions c'est de prendre conscience que nos choix individuels ne sont pas sans conséquences pour le monde dans lequel nous vivons. L'individualisme forcené de nos sociétés, le culte de nos nombrils, la recherche du bonheur instantané, la perte de nos repères moraux sont autant de phénomènes qui nous mènent au monde de monstres décrit par Antonio Gramschi. Plutôt que de Faire société ensemble nous sommes à défaire société...

Postscriptum

La mairesse de Sherbrooke, Évelyne Beaudin, est au repos. Il serait tentant pour les uns et les autres de faire de la politique avec son absence. J'espère que ceux-là s'en abstiendront, car nous sommes tous humains et ce que vit actuellement madame Beaudin pourrait être vécu par nous-mêmes, nos enfants ou quelqu'un que nous aimons. J'invite les gens à faire preuve de retenue et à madame Beaudin de fuir les bruits de la ville et de se reposer afin de nous revenir en forme pour reprendre ses combats.



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