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L’esprit olympique

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Daniel Nadeau Par Daniel Nadeau
Mercredi le 18 février 2026      

Vivez-vous l'esprit olympique ? Ce sentiment noble qui est une philosophie de vie exaltant et combinant, en un ensemble équilibré, les qualités du corps, de la volonté et de l'esprit. Alliant le sport à la culture et à l'éducation, l'olympisme se veut créateur d'un style de vie fondé sur la joie dans l'effort, la valeur éducative du bon exemple et le respect des principes éthiques fondamentaux universels. Le mouvement olympique a pour but de contribuer à un monde pacifique et meilleur en éduquant la jeunesse par le sport pratiqué sans discrimination d'aucune sorte, dans l'esprit olympique qui exige la compréhension mutuelle, l'esprit d'amitié, la solidarité et le fair-play. Cela tranche avec le chaos du monde dans lequel nous vivons, ne croyez-vous pas ?

Soit dit en passant, l'Ukraine continue d'être bombardée par la Russie quotidiennement, le président américain continue de lancer des algarades quotidiennes au Canada, il menace l'Iran de guerre et il a même le temps de s'en prendre à des athlètes américains qu'il ne juge pas assez patriotes.

On doit se rendre à l'évidence, tout le monde n'a pas lu le mémo voulant que les Jeux olympiques soient fondés sur l'idée d'unir les nations autour de valeurs sportives et humaines qui se présentent sous la vitrine de l'excellence et du dépassement de soi. Au cœur de l'événement, des athlètes qui incarnent la détermination, la résilience et l'esprit de compétition sont le sujet de belles histoires humaines qui font le charme des reportages sur les Jeux olympiques. Malheureusement, on doit se rendre à l'évidence qu'à l'ère des bouleversements politiques et du populisme crasse, tel que celui illustré par l'ascendance de Donald Trump sur la société américaine. La question que l'on peut se poser est la suivante : les valeurs olympiques permettent-elles de transcender le chaos politique international ? En d'autres mots, si l'on explore le paradoxe qui existe entre les valeurs fondamentales de l'olympisme et les dynamiques politiques actuelles qui s'y opposent que retrouvons-nous ?

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Les Jeux olympiques : une promesse universelle

Les Jeux olympiques fascinent parce qu'ils condensent en quelques semaines ce que l'humanité peut produire de plus inspirant et de plus inquiétant. D'un côté, ce sont des récits bouleversants d'athlètes anonymes devenus héros, d'existences façonnées par l'effort, la discipline et le sacrifice. De l'autre, les Jeux sont aussi le théâtre d'une compétition féroce entre nations, où le tableau des médailles devient un instrument de prestige, parfois de propagande. À l'heure où le monde semble traversé par une montée des tensions, du repli identitaire et d'un certain « chaos trumpien » incarné par la présidence de Donald Trump, la question se pose : le mouvement olympique peut-il encore être un facteur d'apaisement et de cohésion internationale.

Les Jeux modernes, réinventés à la fin du XIXe siècle par Pierre de Coubertin, portaient une ambition profondément humaniste. Inspiré par les Jeux antiques d'Olympie, Coubertin voyait dans le sport un outil d'éducation morale et civique, capable de rapprocher les peuples. La création du Comité international olympique (CIO) visait à instituer un espace symbolique où la rivalité serait canalisée par des règles communes et où la compétition serait pacifiée par le respect mutuel. Cet idéal repose sur plusieurs piliers : l'universalité, l'égalité des chances, la neutralité politique et la célébration de l'effort individuel au service d'un collectif. Les cérémonies d'ouverture, où les délégations défilent côte à côte derrière leurs drapeaux, mettent en scène une humanité plurielle, mais rassemblée. Le serment olympique, prêté par un athlète au nom de tous, affirme l'engagement à concourir dans un esprit de fair-play.

Dans un monde fragmenté, cette mise en récit d'une communauté mondiale demeure puissante. Elle rappelle que, malgré les divergences politiques, économiques ou culturelles, des règles partagées et des valeurs communes sont possibles.

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Les belles histoires...

Les Jeux sont avant tout des trajectoires humaines. On se souvient de Jesse Owens défiant l'idéologie raciale aux Jeux olympiques d'été de 1936 à Berlin, ou de Nadia Comăneci obtenant la première note parfaite en gymnastique aux Jeux olympiques d'été de 1976. Plus récemment, des athlètes réfugiés, réunis sous la bannière de l'équipe olympique des réfugiés, ont incarné la possibilité d'une identité sportive au-delà des frontières nationales.

Ces récits dépassent le cadre sportif. Ils parlent de résilience devant la pauvreté, la guerre et les discriminations. Ils donnent un visage humain à des réalités souvent abstraites. Dans un climat international tendu, où les discours politiques simplifient et caricaturent, ces histoires rappellent la complexité et la dignité des individus.

Le sport olympique met aussi en avant la vulnérabilité. Les larmes de la défaite, l'aveu de fragilité psychologique de certains champions montrent que la performance n'est pas qu'une question de puissance, mais aussi de santé mentale et d'équilibre. En cela, les Jeux peuvent contribuer à humaniser la compétition et à valoriser l'empathie.

Il y a aussi le chauvinisme et l'instrumentalisation...

Cependant, il serait naïf d'ignorer la dimension politique des Jeux. Le tableau des médailles est scruté comme un baromètre de puissance. Les États investissent massivement dans le sport de haut niveau pour afficher leur supériorité. Les boycotts - comme ceux des Jeux olympiques d'été de 1980 et des Jeux olympiques d'été de 1984 - ont illustré combien la géopolitique peut s'inviter sur la piste et dans les stades.

Le chauvinisme national, attisé par les médias et les réseaux sociaux, peut transformer une compétition festive en confrontation symbolique. La quête de médailles devient alors un substitut à la rivalité militaire ou économique. Dans certains contextes, la victoire sportive est récupérée pour renforcer un discours nationaliste, voire excluant.

À cela s'ajoutent les controverses liées au dopage, à la corruption, aux atteintes aux droits de la personne dans les pays hôtes. Ces dérives fragilisent la crédibilité morale du mouvement olympique. Si les Jeux veulent prétendre apaiser les tensions, ils doivent d'abord affronter ces contradictions.

Le chaos trumpien et la tentation du repli...

L'expression de « chaos trumpien » renvoie à une période marquée par une polarisation accrue, une défiance envers les institutions multilatérales et une rhétorique nationaliste assumée. Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont adopté une posture plus unilatérale, remettant en question certains engagements internationaux et valorisant le slogan America First.

Ce contexte n'est pas isolé. Dans de nombreuses régions du monde, on observe une montée des populismes, une fragmentation de l'espace public, une circulation massive de désinformation. Les institutions internationales sont accusées d'inefficacité ou de partialité. Le multilatéralisme, pilier de l'ordre international d'après-guerre, est fragilisé.

Les Jeux olympiques, en tant qu'événement mondial organisé par une institution internationale, se trouvent à la croisée de ces tensions. Ils peuvent être perçus soit comme un vestige d'un ordre globalisé contesté, soit comme un laboratoire de coopération renouvelée.

Les Jeux comme espoir...

Malgré leurs limites, les Jeux offrent un cadre unique de rencontres. Athlètes, entraîneurs, journalistes, diplomates et dirigeants politiques s'y côtoient. Des gestes symboliques peuvent avoir un impact considérable. L'image d'athlètes de pays en conflit se serrant la main ou partageant un podium envoie un message puissant.

Le sport a déjà servi de passerelle diplomatique. La « diplomatie du ping-pong » entre les États-Unis et la Chine dans les années 1970 en est un exemple marquant. Sans idéaliser ces épisodes, ils montrent que le sport peut ouvrir des canaux de communication là où la diplomatie officielle est bloquée.

Dans un monde polarisé, les Jeux peuvent jouer ce rôle de soupape : un lieu où l'on s'affronte sans se détruire, où l'on rivalise dans un cadre réglementé et accepté par tous. Cette ritualisation de la compétition est en soi un apprentissage de la coexistence. Pour contribuer à l'apaisement des tensions, le mouvement olympique doit cependant renforcer sa crédibilité. Cela passe par une gouvernance plus transparente du Comité international olympique, une lutte implacable contre le dopage et une exigence accrue envers les pays hôtes en matière de droits de la personne.

Les Jeux ne peuvent pas prétendre promouvoir la paix tout en fermant les yeux sur des abus. En affirmant clairement que certaines valeurs - dignité, non-discrimination, liberté d'expression dans un cadre respectueux - sont non négociables, le mouvement olympique peut devenir un acteur normatif. Il peut contribuer à définir des standards internationaux, même modestes, mais concrets.

Cette exemplarité est essentielle dans un contexte où la confiance envers les institutions est érodée. Les citoyens du monde, notamment les jeunes générations, attendent de la cohérence entre les discours et les actes. Une autre piste consiste à déplacer l'accent du tableau des médailles vers les histoires humaines et la participation. Les médias jouent ici un rôle crucial. En mettant en lumière des athlètes venus de pays peu représentés, en racontant leurs parcours, on réduit la logique purement compétitive entre grandes puissances. L'équipe olympique des réfugiés est un symbole fort de cette universalité. Elle rappelle que l'identité olympique peut transcender la nationalité. Développer ce type d'initiatives, encourager les programmes d'échanges sportifs, soutenir le sport de base dans les pays en développement peut renforcer l'idée que les Jeux sont un bien commun mondial. Dans un climat marqué par le repli et la méfiance, promouvoir des récits d'interdépendance et de solidarité est un acte politique au sens noble du terme.

Devant les discours simplificateurs et les polarisations exacerbées, l'éducation au sport peut apprendre la complexité : on peut être fier de représenter son pays tout en respectant l'adversaire, on peut célébrer une victoire sans humilier l'autre, on peut perdre sans haïr.

Ce sont des leçons essentielles dans un monde traversé par des fractures identitaires. Si l'on veut surmonter le chaos, il faut multiplier les espaces où l'on apprend à gérer le conflit sans violence. Le sport, par sa nature même, est un terrain d'entraînement à cette gestion pacifiée de la rivalité.

Les Jeux olympiques, miroir de ce que nous sommes...

Les Jeux olympiques ne sont ni une panacée ni un simple divertissement. Ils sont un miroir de nos sociétés : capables du meilleur comme du pire. Ils peuvent attiser le nationalisme ou, au contraire, offrir une scène où les différences se rencontrent dans un cadre pacifié. À l'heure des incertitudes géopolitiques et des replis identitaires, le mouvement olympique a une responsabilité particulière. En restant fidèle à son idéal humaniste, en renforçant son exigence éthique et en valorisant l'universalité plutôt que la domination, il peut contribuer, modestement, mais réellement, à apaiser les tensions. Le « chaos trumpien » et les dérives nationalistes ne disparaîtront pas sous l'effet d'une cérémonie d'ouverture. Mais chaque geste de respect, chaque histoire de résilience, chaque compétition disputée loyalement constitue une pierre ajoutée à l'édifice fragile d'une coexistence pacifique. Dans un monde en quête de repères communs, l'idéal olympique, même imparfait, demeure l'un des rares langages universels capables de parler à tous. Cherchons donc tous ensemble à vivre le véritable esprit olympique...


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