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Le cube de Rubik de PSPP

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Daniel Nadeau - L'Agora Par Daniel Nadeau - L'Agora
Mercredi le 14 octobre 2026      

Paul St-Pierre Plamondon a réussi son pari. La semaine dernière il a été élu premier ministre du Québec, le 34e de notre histoire. Une victoire enivrante, mais qui laisse un goût amer, puisque dans l'histoire du Canada, jamais un gouvernement n'a été élu avec un si faible pourcentage du vote. Cela n'enlève pas la légitimité de l'élection du gouvernement du PQ. Cela est le résultat des distorsions de notre système électoral. Avec plus de voix exprimées que Québec solidaire, la Coalition avenir Québec se retrouve sans aucun député alors que les solidaires obtiennent neuf sièges. Tant pis, c'est l'ex-premier ministre François Legault qui a renoncé au projet de loi préparé par Sonia Lebel en affirmant que les gens ne se battaient pas dans les autobus pour changer le mode de scrutin. Bien pris qui croyait prendre finalement. Il reste néanmoins que Paul St-Pierre Plamondon est notre premier ministre, alors que moins de deux personnes sur dix ayant leurs noms inscrits sur la liste électorale ont choisi de lui donner leur appui. Cela devrait rendre notre nouveau premier ministre humble et soucieux de collaborer avec les autres formations politiques présentes à l'Assemblée nationale. D'ailleurs, de nombreux défis se retrouvent sur sa table de travail.

Les premiers pas du gouvernement Plamondon

Je ne me suis jamais caché que je ne suis pas un fan du nouveau premier ministre Plamondon. Il faut quand même lui reconnaître qu'il est un politicien habile et qu'il possède une intelligence supérieure à la moyenne. En d'autres mots, il a une bonne tête. Ses premiers pas comme premier ministre désigné en ont fait la preuve. Le choix de ses priorités en ligne avec son discours électoral est un passage obligé pour quelqu'un qui fait de l'honnêteté, l'intégrité et la transparence les éléments de sa marque de commerce. Ses choix de revoir les couches bureaucratiques qui étouffent la gestion gouvernementale, de geler le salaire des députés ainsi que des grands commis de l'État et de prendre à bras le corps le problème de l'itinérance comme première tête de chapitre de son nouveau gouvernement sont excellents et tombent sous le sens. Il demeure des écueils qu'il doit à tout prix éviter, par exemple, sa volonté de faire disparaître toute trace de monarchie britannique dans les affaires de l'État québécois.

S'il est vrai qu'il n'y a pas d'amour perdu entre les Québécois et la monarchie, il n'en demeure pas moins que cela est très loin des préoccupations quotidiennes de la population qui sont rivées au coût de la vie, à la crise du logement et aux problèmes à obtenir des services de base en santé et en éducation. Je ne parle même pas de la question nationale où une très grande majorité, plus de 70 % de la population, ne veut pas en entendre parler pour le moment. Je dis pour le moment, car il est possible que cette question suscite de l'intérêt dans une autre conjoncture politique que celle que nous vivons actuellement. Sans compter les dossiers du champ gauche qui se pointeront comme le surréaliste combat du deuxième chef de l'opposition, Éric Duhaime, contre le tramway à Québec. Le duel ces derniers jours entre le maire de Québec, Bruno Marchand, et monsieur Duhaime est divertissant, mais tragique. Encore une fois, nous piétinons dans nos volontés de réaliser de grands projets. Il y a toujours un groupe qui se fait entendre pour s'opposer. La taille du groupe importe peu, c'est la place qu'il occupe dans l'espace médiatique qui suscite la réflexion.

Monsieur Plamondon a aussi la tâche toujours difficile de composer un Conseil des ministres en mettant en vedette les grands piliers de son futur gouvernement, sans oublier d'assurer une représentation de toutes les régions et en cherchant à respecter une parité entre les femmes et les hommes. L'un des problèmes du nouveau premier ministre sera d'assurer une représentation de la ville de Québec dans son gouvernement, car la région de la Capitale nationale ne compte sur aucun député du PQ. L'idée avancée par certains de nommer un ministre non élu, Pacal Paradis, par exemple, n'est pas une très bonne idée. La population a voté contre lui dans Jean-Talon, lui préférant la libérale Julie White. Monsieur Plamondon doit donc prendre garde de faire par la porte-arrière ce que la population a refusé de faire par la porte avant.

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La lune de miel

Quoi que l'on puisse en penser, nous avons le devoir moral d'accorder la chance au coureur. Ce qui signifie que Paul St-Pierre Plamondon pourra bénéficier d'une courte lune de miel avec les 72 % de personnes qui ne lui ont pas accordé leur confiance. Si PSPP veut vraiment profiter à plein de cet état de grâce momentané, il devrait s'éloigner de ses combats idéologiques contre la monarchie et mettre en sourdine ses velléités souverainistes le temps de réparer le Québec comme il l'a promis. Les dossiers et les priorités ne manquent pas et, s'il se concentre sur les enjeux majeurs qu'il a énoncés cette dernière semaine, il devra pouvoir compter sur la collaboration des autres partis d'opposition, dont le Parti libéral du Québec.

Dommages collatéraux

Cette campagne électorale et ses résultats ont eu des dommages collatéraux importants, dont la disparition de la Coalition avenir Québec de l'Assemblée nationale. Une véritable catastrophe pour cette formation politique qui se remettra difficilement de cet échec cuisant. La célèbre troisième voie est maintenant occupée par Éric Duhaime et le Parti conservateur du Québec dans une version plus adéquiste que caquiste. Il sera intéressant de voir la suite de l'histoire dans le cas de la CAQ. Il y a peu d'espace politique pour son option, mais le passé nous enseigne qu'il faut être prudent avant d'écrire la nécrologie d'un parti politique au Québec.

Une autre manifestation étonnante de cette campagne : la performance assez impressionnante du Parti libéral du Québec dans le Québec francophone. On peut penser, par exemple, aux performances des candidats dans la région de l'Estrie (Sherbrooke et Saint-François) qui ont été dignes de mention. Tant à Sherbrooke que dans le comté de Saint-François, Jacqueline Belleau et Pierre Cossette ont mené des luttes qui les ont amenés près de la victoire. Pour la suite, les libéraux peuvent envisager l'avenir avec optimisme non seulement en Estrie, mais dans toutes les terres francophones du Québec. Québec solidaire a été fidèle à sa tradition de faire mieux que ce que les observateurs prédisaient. La victoire dans Sherbrooke est quand même un exploit dans les circonstances.

Bref, Paul St-Pierre Plamondon a un mandat difficile devant lui. Il devra faire preuve d'habiletés stratégiques et réussir à s'entendre avec ses adversaires. Ce sera le cube de Rubik de Paul St-Pierre Plamondon...


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